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jeudi 2 juin 2011

LE MARIAGE FRANCOIS VARILLON


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«LE MARIAGE»


Notes prises par un auditeur lors d'une Conférence donnée par le Père FRANÇOIS VARILLON (S.J) théologien, à la cathédrale Sainte Bénigne de Dijon le vendredi 14 mai 1976


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REMIÈRE PARTIE

RÉFLEXIONS SUR LE MARIAGE




I - LE MARIAGE SYMBOLE DES EPOUSAILLES DE DIEU ET DE l’HUMANITE

Dans l’ÉPÎTRE suivante :

22 Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur ;
23 car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Église, son corps, dont il est le Sauveur.
24 Or, de même que l'Église est soumise au Christ, les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses.
25 Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle,
26 afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans l'eau baptismale, avec la parole,
27 pour la faire paraître, devant lui, cette Église, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée.
28 C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes, comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui-même.
29 Car jamais personne n'a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et l'entoure de soins, comme fait le Christ pour l'Église,
30 parce que nous sommes membres de son corps, [formés «de sa propre chair et de ses os»].
31 C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et de deux ils deviendront une seule chair
32 Ce mystère est grand ; je veux dire, par rapport au Christ et à l'Église.
33 Au reste, que chacun de vous, de la même manière, aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari. EPHÉSIENS 5, 22-33

SAINT PAUL dit que l’union stable et intime de l’homme et de la femme est un grand mystère par rapport au CHRIST et à l’Église. Ainsi, pour lui, cette union stable et intime évoqué dans :

«L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme…Ils seront deux en une seule chair» GENÈSE 2,24

se réfère au Mystère du CHRIST et de l’Église.


PARTAGE DE LA VIE DIVINE

Le mariage est l’image la plus propre à faire comprendre ce que DIEU veut quand Il crée : épouser l’humanité. Épousailles =}=}=}  partage de vie. Dans le mariage l’homme et la femme vivent la même vie. De même, dans le monde, l’humanité tout entière est appelée à vivre la même vie que Dieu : or, la vie de DIEU est Amour, elle n’est qu’Amour ; dans l’Evangile de SAINT JEAN, vie et amour sont synonymes (l’évangéliste emploie surtout le mot «vie» dans la 1ère partie, mais, à partir du chapitre 13, il ne parle que de l'«amour»).

L’union de DIEU et de l’humanité en vue d’une même vie se réalise par l’unité de vie entre le CHRIST et l’Église. Quand SAINT PAUL parle de l’union du CHRIST et de l’Eglise, la réalité qu’il vise est l’union de DIEU avec l’humanité tout entière. Et cette réalité, SANTI PAUL nous dit qu’elle est un mystère, c’est-à-dire qu’elle était jusque là cachée, et qu’elle est maintenant révélée (ou dévoilée) : c’est le CHRIST qui par l’Incarnation nous révèle en plénitude ce propos de DIEU caché en Lui depuis l’origine et qui désormais éclate aux yeux.


ALLIANCE AVEC DIEU

L’union de l’homme et de la femme, mystère par rapport au CHRIST et à l’Église, doit aussi s’envisager dans son rapport avec le salut du monde. La création est la fin de L’ALLIANCE, de cette réalité qui est au cœur de la BIBLE, et que nous évoquons chaque jour en célébrant l’Eucharistie. Quand on parle d’une «Alliance» (Ancienne Alliance =}=}=} Ancien Testament, Nouvelle Alliance =}=}=} Nouveau Testament) il faut bien comprendre le sens du mot, et ne pas lui laisser prendre une signification juridique, guerrière, ou électorale. L’Alliance c’est l’échange des volontés dans la foi : je vis pour toi, je crois en toi (cf. les phrases du CREDO).

Beaucoup de gens ignorent tout de l’Alliance : et c’est pourtant une notion essentielle, car, pour le chrétien, cette Alliance n’est pas seulement un contrat, c’est une Personne vivante.

Selon le CONCILE DE CHALCÉDOINE (451), il y a deux natures mais une seule Personne dans le CHRIST. En tenant compte du fait que les mots «nature» et «personne» n’ont plus le même sens aujourd’hui. Il est préférable, pour exprimer la même idée, de revenir à la notion d’Alliance et de dire : «le CHRIST est l’Alliance de DIEU et de l’homme dans un même Être».


COMPLÉMENTARITÉ DU CHRIST DIVINISANT ET DE L’HUMANITÉ DIVINISÉE

Dans la BIBLE, depuis le prophète OSÉE, l’Alliance a été symbolisée par l’union de l’homme et de la femme.

Comment mieux comprendre la façon dont DIEU aime l’homme qu’en se référant à la façon dont l’homme aime sa femme ? L’union de l’homme et de la femme dans le mariage est le symbole des Épousailles de DIEU et de l’humanité : aucun lien humain ne saurait mieux exprimer quelque chose de cette union stable et intime du CHRIST et de l’Église.

La femme est fécondée par la force fertilisante de son époux, qui l’arrache au rêve pour la livrer à l’œuvre de vie ; de même l’Église reçoit du CHRIST son être même, son existence même, sa valeur.

La femme reçoit de l’homme la sève vivante ; comme l’Église, dans le mystère du salut, est ouverte à la grâce divinisante du CHRIST.
L’homme n’est un être complet que par son union à la femme ; de même, le CHRIST n’est complet que par son union à un «Corps mystique» qui est la mesure de sa stature parfaite.

La complémentarité de l’homme et de la femme unis de façon stable dans le mariage en vue de l’œuvre de vie est une figure de l’essentielle complémentarité du CHRIST divinisant et de l’humanité divinisée. Dans un cas comme dans l’autre, on retrouve : personnalité, complémentarité, intimité, stabilité, fécondité.


II - INDISSOLUBILITÉ DU LIEN CONJUGAL

Le lien conjugal est un lien divin

Ce qui précède résume, à propos du mariage, ce que nous avons dit de l’ensemble des sacrements : les sacrements sont des signes, et ils sont des signes efficaces.


Si le mariage est un sacrement son symbolisme est efficace :

l’humanité tout entière étant dans le CHRIST, le CHRIST contenant en Lui toute l’humanité, le couple humain existe du fait du sacrement à l’intérieur de cette union qui fait du CHRIST et de l’Église un seul Être.

En d’autres termes, de même que le lien du CHRIST et de l’Église est proprement divin, le lien conjugal est un lien qui est divin lui aussi par participation. Éternellement, le SAINT-ESPRIT est le lien entre les trois Personnes divines, éternellement, Il est le lien entre DIEU et l’humanité ; éternellement, Il est le lien entre les hommes, et particulièrement entre l’homme et la femme mariés.

Puisque, comme nous l’avons dit souvent, la vocation de l’homme se résume à «devenir par participation ce que DIEU est par nature», le lien conjugal devenu sacrement est un lien proprement divin, qui est une participation au lien qui fait de trois Personnes un seul DIEU.
L’ESPRIT-SAINT, qui est le lien du CHRIST et de l’Église, est, du fait du sacrement, le lien de l’homme et de la femme dans le mariage.
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C’est ainsi que le mariage est la source d’une société humano-divine. Et c’est à partir de là qu’on peut comprendre pourquoi, aux yeux de l’Eglise, le mariage est indissoluble : il n’est pas plus permis à l’homme de se séparer de sa femme qu’au CHRIST de se séparer de l’Église. En dépit de tout ce qui peut survenir, le mariage, en soi, est indissoluble parce que l’union du CHRIST et de l’Église dans l’Alliance est indissoluble. Et c’est l’argument de fond pour les chrétiens.


INSUFFISANCE DES JUSTIFICATIONS RATIONNELLES DE L’INDISSOLUBILITÉ

Aucune raison humaine n’apporte à l’indissolubilité du mariage une justification absolue. Prenons deux exemples :
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a) L’éducation des enfants

Certes, l’éducation des enfants exige la stabilité de la société conjugale. Mais cela ne vaut pas pour les foyers inféconds. D’autre part, le foyer réclamé par les enfants est un foyer où l’entente règne entre les parents : la mésentente entre les parents est plus nocive pour les enfants que la séparation des parents qui ne s’entendent pas.
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L’argument n’est donc valable que jusqu’à un certain point seulement, l’indissolubilité ne se justifiant, à ce niveau sociologique, que par le bien du plus grand nombre.
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b) La nature même de l’amour

Le «Je t’aime» est un absolu, impliquant une promesse de durée sans limite. Aimer pour un certain temps, aimer à certaines conditions, ce n’est plus aimer. L’amour authentique est un engagement inconditionné, qui s’élève hors du temps, qui remplit tout le temps. Ainsi la nature même de l’amour est un argument très fort en faveur de l’indissolubilité.

Mais le mariage n’est pas toujours conclu avec un amour de cette nature : dans beaucoup de cas, il n’y a qu’une apparence d’amour, il y a une insuffisance d’amour, dont les réalités concrètes de la vie font vite apparaître le vide. Que vaut le droit quand l’époux et l’épouse en viennent à se haïr, et quand le foyer est devenu un enfer ?


FONDEMENT CHRÉTIEN DE L’INDISSOLUBILITÉ

N’exagérons donc pas la portée des arguments rationnels. Ils ont leur valeur. Mais ce n’est pas sur ces arguments rationnels que l’Église fonde son opposition à toute rupture du lien conjugal. C’est en tant qu’Epouse du CHRIST que l’Église impose aux époux la loi qui régit sa propre union avec l’Epoux divin. Si l’Église relâchait quelque chose de la loi de l’indissolubilité, elle se renierait elle-même, il ne serait plus possible de considérer le mariage comme un Sacrement. L’Alliance, réalité fondamentale de la BIBLE, comporte pour l’homme la vocation à partager la vie divine : désavouer l’Alliance c’est cesser d’être chrétien.


III - LIBERTÉ DU CONSENTEMENT

Sans liberté du consentement réciproque pas de mariage valide.

Là aussi il faut se référer à l’Alliance. L’échange des «oui» c’est l’échange des volontés ; j’irai plus loin : c’est l’échange des «centres» ! Celui qui dit «oui» veut dire : «Désormais, je vivrai pour toi ; c’est toi qui sera mon centre ; je renonce à être mon centre, je me «décentre» (amour =}=}=}  décentration de soi) ; je te fais confiance, je crois que tu m’aimes et que je serai ton centre ; je vis pour toi, tu vis pour moi, nous échangeons nos centres, nous échangeons nos âmes profondes»

Le symbole de l’échange des volontés dans la foi c’est le baiser ; c’est un symbole admirable, en profondeur ; il ne doit jamais devenir un jeu. En latin, c’est le même mot (anima) qui signifie : souffle et âme. 

Dans le baiser, l’échange des souffles traduit l’échange des âmes :

«Ma vie consistera à faire ta volonté, ta vie consistera à faire ma volonté»

(étant entendu qu’il s’agit là non pas de volontés superficielles mais des volontés «voulantes», au sens où l’entendait le philosophe MAURICE BLONDEL).
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L’échange des souffles exprime la réciprocité de l’accueil et du don :

«Je te donne mon être profond, et je te prie de l’accueillir. Et je recueille en moi ton être profond. Je crois en toi. Je te donne ma vie».

Si le consentement n’est pas libre, la validité du lien matrimonial est mise en cause (et c’est ce qui amène parfois l’Église non pas à «annuler» un mariage, mais à le déclarer non valide).

«L’union du CHRIST avec son Église résulte de la liberté de l’amour». SAINT THOMAS D’AQUIN

Amour et liberté sont synonymes. La liberté finalement c’est l’amour. Nous ne sommes libres que d’aimer. C’est l’égoïsme qui nous rend esclaves : je suis esclave quand je n’arrive pas à «décoller» de moi-même. On ne peut contraindre personne à aimer : DIEU lui-même ne le peut pas. Si DIEU souffre dans sa Vie éternelle, c’est parce qu’Il ne peut pas nous contraindre à L’aimer.


IV - MARIAGE ET MYSTÈRE PASCAL – AMOUR ET SACRIFICE

Toute la vie sacramentaire de l’Église est une extension du mystère Pascal (mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur) : par conséquent, la grâce que confèrent les sacrements c’est la grâce de mourir avec le Christ et de ressusciter avec Lui.

De soi, l’Amour est sacrifice, puisque aimer c’est sortir de soi. La vie du CHRIST, vie de DIEU dans notre monde, c’est la CROIX. C’est donc le mystère de Pâques qui agit dans l’amour mutuel de l’homme et de la femme. Le lien du SAINT-ESPRIT est un dynamisme d’amour sacrificiel. Dire que le mystère Pascal est l’énergie de l’amour mutuel de l’homme et de la femme c’est dire que l’homme et la femme ne peuvent conserver sa valeur à leur union charnelle que par la marque du signe de la CROIX.

La «chair sauvée» c’est la chair marquée par le signe de la CROIX.

Entrer dans l’amour c’est entrer dans la joie, mais c’est aussi entrer dans la souffrance. L’union du Christ et de l’Église n’est pas une idylle ; le CHRIST a aimé son Église jusqu’au Calvaire ; il faut que l’Église aime son CHRIST jusqu’au martyre ; les martyrs ne sont que des points d’émergence d’une situation qui est celle de l’Église tout entière. L’amour humain ne serait pas le signe de cette réalité divine s’il prétendait échapper à la loi du sacrifice.

S’il y a des plaintes contre l’exigence des lois de l’Église en ce qui concerne l’usage du mariage, et si la législation en cette matière passe souvent pour être trop raide ou trop dure, c’est parce que l’homme charnel ne saisit pas toujours ce que l’Église entend maintenir par le truchement des règles et des lois qu’elle formule. Si on ne voit dans l’interdiction de l’onanisme, par exemple, qu’une «défense se mettant en travers d’un instinct vital», il n’est pas surprenant qu’on soit scandalisé.


NÉCESSITÉ D’UNE TRANSFORMATION PERMANENTE (CONVERSION)

Nous le savons bien : pour le foyer chrétien, à certaines heures graves de la vie, le motif déterminant pour consentir à des options douloureuses se place à un autre niveau, car les exigences de l’Église (même quand elles sont formulées en des termes qui nous déplaisent) sont les exigences du Royaume de Dieu.

La discipline de l’Église s’adresse à des hommes qui ont la vocation d’acquérir les normes du Royaume de DIEU, pour aboutir au partage de la divinité. Les époux chrétiens doivent donc se convertir, ce qui signifie : transformation intérieure, changement de mentalité, acceptation d’être transformés. On ne devient pas DIEU en avançant tranquillement le long d’un plan incliné : puisqu’il s’agit pour nous de vivre la vie même de DIEU, il y a exigence radicale de transformation.

Pâques veut dire : passage =}=}=}  passage (par la mort) de l’égoïsme à l’amour, d’un moindre amour à un plus grand amour, d’une moindre joie à une joie plus profonde.

A quelles conditions homme et femme deviendront-ils, dans l’œuvre de chair elle-même, des fils de l’ESPRIT ? Par quel désert ascétique devront-ils cheminer pour passer, comme le CHRIST et avec Lui, de la forme d’esclaves à la forme d’hommes libres ? L’homme et la femme seront-ils fils de l’Esprit s’ils restent esclaves de la chair ?

L’Église nous rappelle qu’il faut que la vie conjugale soit une transformation permanente. Toute norme est créatrice (exemple : la mode) ; l’Évangile est normatif ; mais la réalité des choses est complexe. L’Église dit :

«Voici les normes de la transformation de l’homme, qui au départ est fils de la chair, et qui doit devenir fils de l’Esprit».

La sagesse de l’Église c’est de nous mettre à l’abri aussi bien d’un idéalisme irréel que d’une idolâtrie de l’instinct (nous ne sommes ni anges ni bêtes).

«ce feu sombre de la passion sans lequel il n’existe guère d’amour humain» JEAN LACROIX

Pour purifier ce «feu sombre», l’amitié est nécessaire. A mon avis, la chasteté dans le mariage repose sur une triple base : passion + amitié + institution. Quand il n’y a plus d’amitié dans l’amour, il n’y a plus que de la passion, et la passion rejettera l’institution

«Nous sommes happés par le phantasme d’une liberté sans institution» PAUL RICOEUR

L’amitié éclaircit le «feu sombre», et fait progresser la transparence ; elle impose sur le plan charnel une certaine ascèse. Et on aimerait du reste que ce soit à partir d’une telle analyse que l’ Église rappelle ses exigences.

L’ Évangile, message de la plus haute joie, est corrélativement le message de la plus haute exigence. On ne saurait sans bassesse accueillir les joies sans consentir aux sacrifices. D’un côté, le mystère de la Béatitude éternelle ; de l’autre, le mystère du PURGATOIRE, de la purification : on ne peut pas entrer dans la gloire du DIEU-AMOUR sans être purifié.


LA VOLONTÉ DE DON DOIT L’EMPORTER SUR LE DÉSIR DE POSSÉDER

L’amour mutuel des époux doit tendre à être un amour qui n’est qu’amour, un amour où le «je t’aime» n’a rien à voir avec le «je m’aime». L’amour humain est à la fois volonté de Don et désir de POSSÉDER : on doit accepter cette dualité, mais toute la question est de savoir si, tout au long de la vie, la volonté de DON l’emportera.

Et ce triomphe ne saurait avoir lieu sans une ascèse mystique ;

. ascèse, parce qu’il s’agit d’un exercice difficile, d’un combat ;

. ascèse mystique, parce qu’il s’agit d’une imitation de JÉSUS-CHRIST, et d’un effort que seule la grâce du CHRIST nous permettra d’accomplir.


CONCLUSION

Le mariage fait se rejoindre :

. le plus haut =}=}=}  DIEU lui-même, DIEU qui se donne ; et
. le plus bas =}=}=} la chair, ce que nous avons de commun avec le règne animal.

Les deux s’unifient dans la Grâce par le sacrement. Et dans ce sacrement on peut dire que «la chair est sauvée», qu’elle est «sacramentalisée»

(le Catholicisme n’a jamais méprisé la chair, puisque le Verbe s’est fait chair).

Dans l’expression «fonder un foyer« on trouve à la fois : l’idée de fondement, de roc, ce qui correspond à l’institution ; et l’idée de feu, de flamme, ce qui correspond à la liberté. Un foyer qui se veut clos sur lui-même, pour sauvegarder à l’excès son intimité, risque de «s’éteindre» très vite. Un foyer qui sait s’ouvrir sur l’extérieur, tout en ménageant les moments d’intimité nécessaires, est un centre de rayonnement, dont l’action semblable à celle d’un feu qui se propage, s’étend à l’ensemble des relations humaines. Le mariage est ainsi le centre de la vie sociale.

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RÉPONSES AUX QUESTIONS POSÉES À L’ISSUE DE LA CONFÉRENCE
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PREMIÈRE QUESTION

Si le mariage chrétien est conditionné par la qualité de l’amour (amour de «qualité rare»), pourquoi ne pas admettre d’union en dehors du mariage quand cette condition est remplie ?

RÉPONSE :

1. L’union en dehors du mariage est toujours possible pour ceux qui ne sont pas chrétiens.

2. La qualité de l’amour est une notion équivoque. En aucun cas le christianisme ne doit s’apparenter à un élitisme. Le désir de possession fait normalement partie de l’amour humain : il reste quand même que l’homme n’est pas un animal. Le message chrétien est celui de la transformation nécessaire pour que l’homme réalise sa vocation, qui est de participer à la vie même de Dieu. L’Eglise prend les hommes tels qu’ils sont : mais il n’est pas possible d’être chrétien sans consentir un effort pour que la volonté de Don l’emporte sur le désir de possession. La question est de faire se rejoindre le christianisme dans son essence et l’amour humain : puisque le christianisme s’exprime par la vocation que nous venons de rappeler, le mariage est chrétien s’il est relié à cette vérité là.

Si instinctif, si possessif que l’homme soit, il faut qu’il fasse effort pour réaliser l’Amour tel qu’il est en DIEU, c’est-à-dire =}=}=} Don + Accueil + Liberté. La chair risque d’asservir ; l’Eglise demande que l’homme ne soit pas esclave : c’est tout.

Pratiquement, pour les époux ou futurs époux, cela consiste à accepter d’être progressivement transformés par la Grâce divine, et à accueillir le don de cette transformation créatrice.


DEUXIÈME QUESTION

L’ESPRIT-SAINT étant présent dans tous les hommes, pourquoi serait-il moins présent dans l’amour libre ?

RÉPONSE :

Le sacrement nous fait entrer dans une histoire. Ce n’est pas à moi de juger de la présence ou de l’absence du saint-Esprit dans tel ou tel ménage.

L’économie chrétienne est une économie sacramentaire centrée sur l’INCARNATION. L’Église nous dit ce qui est logique par rapport à son économie.

Admettez-vous un Dieu sans CHRIST ? Libre à vous. Mais il n’y a plus de christianisme. Admettez-vous un Christ sans Église ? Libre à vous. Mais l’Église ne peut pas ne pas être une institution. Admettez-vous une Église sans sacrements ? Admettez-vous que le mariage échappe à l’économie sacramentaire de l’Eglise ?

Quant à savoir si le SAINT-ESPRIT est présent ou absent dans l’amour libre, je n’en sais rien. Encore faudrait-il préciser s’il s’agit ou non d’un amour stable à durée non limitée…De toutes façons, nous sommes là en dehors de toute économie sacramentaire.


TROISIÈME QUESTION

Que vous êtes loin des sexologues modernes qui placent la chair au premier plan !

RÉPONSE :

Je ne dis pas de mal de la chair, même quand je la place au rang le «plus bas» par référence à l’instinct animal. Je dis au contraire avec SAINT IRÉNÉE : «La chair est sauvée». ET j’approuve CLAUDEL quand il fait l’éloge de la chair. Je veux bien être loin des sexologues, mais je tiens à ce qu’on reconnaisse que je ne dis pas de mal de la chair.


QUATRIÈME QUESTION

Pour préparer les jeunes au mariage, est-il bon de leur parler de «sacrifice» ?, est-il bon de leur parler uniquement et sans limite de sexualité ?

RÉPONSE :

Parler uniquement et sans limites de sexualité ? Certainement pas. Il ne peut y avoir de véritable amour humain sans ascèse. J’ai employé le mot sacrifice. Attention ! Il faut veiller à ce que ce mot soit bien reçu, qu’il ne soit pas compris comme synonyme de privation : le sacrifice pour le sacrifice n’a pas de sens ; et c’est pour cela que certains jeunes accueillent mal les récents textes du VATICAN.

Notre éducation chrétienne n’est pas suffisamment axée sur l’Alliance : la phrase de SAINT PAUL de laquelle nous sommes partis ce soir est nulle et non avenue pour trop de gens qui se disent chrétiens.

Pour la préparation au mariage, il importe à mon avis d’insister sur la constatation que : »L’amour est à la fois volonté de don et désir de possession». La vie étant ce qu’elle est, c’est-à-dire quelque chose qui progresse et qui évolue, la question est de savoir quelle est la tendance qui va l’emporter aux moments difficiles : il s’agit que ce soit la volonté de don, ou, si vous préférez, la FIDELITE (cf ; GABRIEL MARCEL)…A moins que vous ne considériez pas la fidélité comme une valeur !


CINQUIÈME QUESTION

Si le mariage demande l’oubli total de soi, comment pourra-t-il y avoir épanouissement personnel ?

RÉPONSE :

1. Je n’ai pas parlé d’oubli total de soi. J’ai dit qu’il y a conflit, et exigence de transformation progressive. Si nous étions appelés moins haut, l’exigence de transformation radical serait moins forte. Partager la vie divine n’est pas une petite affaire. Et c’est cela qui exige une transformation.

2. Il y a épanouissement personnel dans la mesure où nous acceptons d’être transformés pour être de moins en moins fils de la chair, et pour devenir fils de l’Esprit.

Je suis d’accord pour l’épanouissement personnel : DIEU veut que nous soyons des hommes. Mais la question rebondit : qu’est-ce qu’un homme ? Et là il faut lire l’Évangile. Être chrétien c’est faire confiance à l’Évangile pour savoir ce que c’est qu’un homme.


SIXIÈME QUESTION

Est-il normal de considérer le mariage non chrétien comme dissoluble ? et d’admettre un second mariage religieux quand, dans le premier cas, il n’y a pas eu mariage à l’église ?

RÉPONSE :

1. On ne peut comprendre que dans la foi le fondement ultime de l’indissolubilité.

2. Je pense que l’Eglise devrait s’attacher à revaloriser le mariage civil.

3. Si le mariage religieux n’est qu’une cérémonie, on comprend qu’on puisse le considérer comme «un rideau de pudeur tombant sur un péché qui devient permis», et on ne voit plus ce qui peut s’opposer aux relations préconjugales.

4. L’essence du mariage c’est le consentement, avec promesse de stabilité et de durée.


SEPTIÈME QUESTION

(à propos de l’éloge de la virginité par SAINT PAUL) Ne peut-on concevoir une ère où la puissance de l’amour exigerait, par un consentement libre, une consécration totale de l’homme dans la virginité ?

RÉPONSE :

Je ne pense pas qu’il faille envisager les choses de cette manière. C’est une conception qui n’est pas chrétienne. Et ce serait la fin du monde !

SAINT PAUL pose effectivement le primat de la virginité sur le mariage, et toute la TRADITION l’a suivi sur ce point. Mais, même s’il a parfois été victime de certains préjugés de son temps, SAINT PAUL n’était pas misogyne.


HUITIÈME QUESTION

Quand la mort sépare deux époux, que devient le survivant ?

RÉPONSE :

Je suppose que, vu le caractère du lien matrimonial, vous pensez qu’il est dommage qu’après un veuvage l’Eglise autorise le remariage. Si l’Église le fait c’est parce que cette solution lui paraît la meilleure.
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La relation conjugale est une relation privilégiée. Si la résurrection de la chair est la résurrection de nos relations, il va de soi que notre amour conjugal ressuscite. Mais cela n’empêche pas qu’à la mort d’un des époux l’amour est brisé.

Pour le survivant, on ne saurait fixer une règle générale, car tout dépend de la façon dont on comprend la fidélité : certains préfèrent la solitude, d’autres le remariage. J’estime que la volonté du conjoint disparu n’est pas autre que la volonté de DIEU : l’état à choisir par le survivant est l’état qui lui permettra d’accueillir la volonté de DIEU.


NEUVIÈME QUESTION

Parmi les trois éléments de la chasteté conjugale que vous avez cités (passion, amitié, institution) l’amitié ne pourrait-elle pas être remplacée par la tendresse ?

RÉPONSE :

Non la tendresse peut exister sans amitié : il y a des gestes de tendresse qui sont automatiques et instinctifs. L’amitié au contraire est une exigence de connaissance et de transparence réciproque, qui fait qu’on ne se regarde pas, mais qu’on regarde ensemble vers un but commun. Certes, une certaine tendresse peut éclaircir un peu le «feu sombre» de la passion ; mais l’amitié est absolument nécessaire ; c'est par manque d’amitié qu’il y a dans certains ménages de l’égoïsme ou même de la brutalité.


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