Gadget

Ce contenu n'est pas encore disponible en cas de connexion chiffrée.

vendredi 3 juin 2011

LA RÉVÉLATION FRANCOIS VARILLON




.
.

«LA RÉVÉLATION»


Notes prises par un auditeur lors d'une Conférence donnée par le Père FRANÇOIS VARILLON (S.J) théologien, à Montceau-les-Mines le vendredi 14 novembre 1974


DIEU se révèle à nous. Est-ce que cela nous intéresse ?

Nous avons été assez embarrassés pour trouver un titre à la conférence de ce soir, un titre qui dise bien l'objet de cette conférence et surtout son importance (...)

Seulement, pour bien comprendre cette importance, il faut sentir ce qu'est le monde moderne et la difficulté qu'ont nos contemporains, les jeunes, bien sûr, mais pas seulement les jeunes, la difficulté qu'ils ont à croire. J'avais proposé comme titre tout simplement : «LA RÉVÉLATION».


QU'EST-CE QUE LA RÉVÉLATION ?

Nous disons que le Christianisme est une religion révélée, que nous croyons, que nous adhérons à la Révélation, à ce que DIEU Lui-même nous dit en cet acte qui s'appelle «LA RÉVÉLATION».


COMPRENDRE LA MENTALITÉ NOUVELLE

Comprendre la mentalité nouvelle, c'est une question qui fait difficulté à l'heure actuelle parce que nos contemporains ont beaucoup de peine à accepter que DIEU nous dise sur lui-même un certain nombre de vérités qui nous sont, en quelque sorte, parachutées toutes faites. Il est impossible que vous ayez des contacts, des dialogues avec des jeunes gens, des jeunes filles (à fortiori avec des incroyants), ou encore avec des hommes en recherche, sans que vous sentiez qu'il y a là un problème.

Ce que je voudrai vous dire ce soir, c'est quelle idée, malheureusement, nous nous faisons de LA RÉVÉLATION, car cette idée que nous nous en faisons, je voudrais vous montrer que nos contemporains ne peuvent pas l'accepter et qu'il nous faut absolument creuser les choses jusqu'au point où nous comprendrons LA RÉVÉLATION, c'est-à-dire la Parole de DIEU d'une manière telle qu'un véritable dialogue pourra s'engager soit avec les jeunes, soit avec les incroyants.

Quelle idée devons-nous nous faire de LA RÉVÉLATION pour qu'elle soit crédible et, pour parler vulgairement, pour que nos contemporains incroyants «ne nous envoient pas sur les roses».

Dans l'Église, depuis plus d'un siècle, sur cette question là, nous avons pris ce que j'appelle un «faux-pli».

QUEL EST CE FAUX PLI ?

Ce faux pli trouve d'abord sa source dans des faux sens donnés aux mots «preuve» et «mystère».

Preuve : en langage religieux ce mot n'a pas le même sens que dans le langage mathématique ou le langage des sciences physiques.
Mystère : en langage théologique, ce mot ne veut pas d'abord dire «incompréhensible» pour l'être humain.

Lorsque DIEU par amour (DIEU n'est qu'amour), nous ouvre son coeur - c'est cela LA RÉVÉLATION, Il ne va pas le faire dans un langage «inintelligible».

La philosophie atteint l'extérieur de DIEU, c'est-à-dire son existence et les attributs de DIEU que la raison peut découvrir : Il est infini, Il est parfait, Il est sage etc. pas besoin de Révélation pour cela, mais LA RÉVÉLATION, c'est DIEU qui nous ouvre son coeur, qui nous révèle (révéler veut dire dévoiler)... c'est DIEU qui enlève le voile qui recouvre sa vie profonde, sa vie intérieure, ce qu'Il est, ce que j'appellerais volontiers «les battements de son coeur»...
.
Comment bat le coeur de DIEU ? C'est cela LA RÉVÉLATION.
Vous imaginez que DIEU va nous dire comment son coeur bat en termes tels qu'on ne puisse pas les comprendre ? C'est exactement comme si je me liais d'amitié avec l'un ou l'une d'entre vous et que je lui dise :

«maintenant que nous sommes de bons amis, je m'en vais vous raconter ma vie, je vais vous dire quel est mon secret le plus intime, ce que j'aime, ce que je hais, je vais vraiment vous livrer mon coeur...»

Si je me mets à vous parler chinois, qu'est-ce que vous direz ? Vous direz, il est complètement fou, car, d'une part il me dit que c'est par amour qu'il va me livrer son coeur, me faire connaître les secrets de sa vie et il me parle une langue que je ne comprends pas...

Le faux pli consiste en ceci qu'on s'attachait à prouver, à démontrer le fait de LA RÉVÉLATION sans se soucier d'envisager le sens du contenu de cette révélation ; le fait, c'était l'essentiel, le sens de ce fait, c'est-à-dire en quoi et comment nous sommes concernés, on s'en souciait très peu.

De même, on a souvent mélangé les sources de LA RÉVÉLATION que sont les ÉVANGILES, la BIBLE, la TRADITION, avec LA RÉVÉLATION elle-même, DIEU qui se dévoile, qui se révèle à nous.


LES IDÉES QUE NOUS NOUS FAISONS DE LA RÉVÉLATION

Je m'en vais résumer en cinq points, cinq, l'idée que la plupart des chrétiens se font de LA RÉVÉLATION, après quoi je résumerai en quatre points ce que j'appellerai «ce qu'il y a de plus essentiel dans la mentalité de l'homme moderne, les requêtes de l'esprit moderne», après quoi nous verrons s'il faut renoncer à la foi en une RÉVÉLATION pour être moderne, ou s'il faut cesser d'être moderne pour conserver la foi. C'est très clair.
.
Eh bien, en cinq points, quelle idée nous faisons-nous de LA RÉVÉLATION, trop souvent...Je ne dis pas, d'ailleurs, que tout soit faux dans ce que je vais dire, non, il y a du vrai et du faux...des faux plis, ça ne veut pas dire que l'étoffe est mauvaise, mais il y a des faux plis ...
.
1°) LA RÉVÉLATION est extérieure à l'homme, elle vient uniquement de DIEU qui en est l'auteur, donc, l'homme n'y est pour rien. Oui ? Non ?
.
2°) L'homme doit se soumettre entièrement et sans conditions à cette RÉVÉLATION qui vient uniquement de DIEU. Il doit s'y soumettre entièrement même si lui, l'homme, il n'y est pour rien. (Si jamais des catéchistes enseignaient actuellement cela à des enfants qui ont entre 10 et 12 ans, quelle catastrophe! ) 
.
3°) LA RÉVÉLATION est consignée dans les Écritures : Ancien et Nouveau. Ce n'est pas faux.
.
4°) Cette RÉVÉLATION acquiert sa plénitude en JÉSUS-CHRIST.
5°) Elle est achevée avec Lui. Après JÉSUS-CHRIST, plus rien de nouveau ne peut être révélé. Toute vérité prétendue nouvelle ne peut être qu'une infidélité à la vérité telle que DIEU nous l'a fait connaître une fois pour toutes.

Voilà ce que j'appelle le «portrait-robot» de LA RÉVÉLATION pour beaucoup de chrétiens aujourd'hui.


REQUÊTES DE LA MENTALITÉ MODERNE

Maintenant, quelles sont les requêtes de l'esprit moderne ? dans ce que l'esprit a de meilleur ? Cela ne veut pas dire que j'approuve le moderne parce qu'il est moderne, non, dans l'esprit moderne il y a des choses qui sont très déplaisantes et que nous devons certainement contester, mais dans les quatre points que je vais vous exposer, je crois que nous sommes en présence d'impératifs majeurs et parfaitement valables de l'esprit moderne.
.
En écoutant ces quatre points, vous allez pouvoir juger vous-mêmes si vous avez «contact» avec le monde moderne ou si vous risquez de vivre dans un ghetto très archaïque.


Valeur de la recherche :

.
1°) L'homme moderne valorise, c'est-à-dire donne de la valeur beaucoup plus à la recherche qu'à la découverte. L'homme moderne s'intéresse en toutes choses, notamment en matière scientifique, à la question beaucoup plus qu'à la réponse. Une découverte, pour l'homme moderne, c'est le point de départ d'une recherche nouvelle ; la réponse à une question fait immédiatement surgir une nouvelle question. Ce qui est essentiel à l'homme, c'est cette recherche. Interrogation, question...Ne jamais s'arrêter à une question qui est donnée.

S'il en est ainsi, comment l'homme pourrait-il détenir une vérité qui vient d'ailleurs et qui est parachutée une fois pour toutes ?

Trois personnes en DIEU, c'est fini...Point.
DIEU s'est incarné, c'est fini...Point !



VÉRITÉ CONQUISE PROGRESSIVEMENT

2°) L'homme moderne a conscience que la vérité n'est jamais quelque chose que l'on reçoit tout fait. La vérité c'est quelque chose qui se fait, qui se conquiert progressivement, qui est au terme d'une recherche lente, longue, besogneuse, tâtonnante. L'homme moderne ne dira jamais qu'il «reçoit» la vérité, il dira qu'il la «construit».

Il doit y avoir un certain nombre d'ingénieurs parmi vous, d'esprits très scientifiques, vous le savez bien ? C'est vrai même pour les lois physiques, le savant ne dit pas qu'il découvre des lois, il dit qu'il les invente, qu'il les construit.

JACQUES MONOD dans son livre «Le hasard et la nécessité», ne dit pas qu'il a découvert l'A.D.N, non il dit qu'il l'a inventé. Toute théorie scientifique est une construction que l'on vérifie dans la réalité mais qui peut toujours être mise en doute.

L'homme moderne n'accepte pas une vérité que l'on ne peut pas mettre en doute parce que c'est le fait de mettre en doute qui permet le progrès. Si on ne peut rien mettre en doute, il n'y a pas de progrès scientifique. Mettre en doute, c'est rompre un équilibre provisoire pour trouver un équilibre plus complet.

S'il en est ainsi, dans une telle perspective, il est bien évident qu'une vérité révélée, connue une fois pour toutes apparaît comme une aliénation de l'intelligence. L'intelligence qui refuserait de progresser : Il est révélé qu'il y a trois personnes en DIEU, il est révélé que DIEU s'est incarné, il est révélé que MARIE est vierge, il est révélé que le CHRIST est présent dans l'EUCHARISTIE, il est révélé qu'il y a un PURGATOIRE etc. C'est fini...Comment progresser ?


VÉRITÉ UNIQUE POUR TOUS ?

3°) L'homme moderne ne croit pas qu'on puisse percevoir une vérité directement et purement. Il dit que le regard passe toujours à travers un prisme : prisme psychologique, sociologique ou culturel. Par exemple l'Oriental ne «voit» pas comme l'Occidental (entre parenthèses, si j'avais à parler de la TRINITÉ à des Chinois, je serais terriblement embarrassé parce que dans notre langage occidental nous disons «il y a trois personnes en Dieu et une seule nature», mais les Chinois ne s'expriment jamais en termes de nature et de personne. Leur philosophie est toute autre. Ils distinguent le masculin et le féminin, pas seulement dans l'homme et dans la femme ; mais dans le monde et dans la nature...le «yin et le yang», c'est le masculin et le féminin. Comment exprimer la TRINITÉ en termes de masculin et de féminin ?)

J'ai fait naguère une expérience à Paris : j'avais à parler à des Vietnamiens et je savais que la philosophie extrême orientale n'a pas grand'chose de commun avec notre philosophie occidentale, j'avais donc bien préparé mon petit topo, j'avais fait très attention de ne pas employer des mots proprement occidentaux. Au bout de dix minutes, ils m'ont interrompu en me disant :

«Père, arrêtez-vous, nous ne comprenons rien à ce que vous dites !»

Alors, on a engagé une discussion, on a essayé de voir et j'ai bien vu que c'était autrement compliqué que je ne l'avais pensé !

L'ingénieur voit les choses autrement que l'artiste, l'adolescent ne voit pas comme le vieillard, chacun a ses lunettes, c'est la subjectivité de chacun qui intervient, c'est vrai même lorsqu'il s'agit de physique ou de mathématiques...

Alors, comment peut-on concevoir une vérité révélée unique, qui serait la même pour tous ? Pour les Chinois comme pour les Européens, pour les jeunes comme pour les vieux, pour les ingénieurs comme pour les artistes et une vérité qui préexisterait à celui qui la reçoit, qui serait donnée toute faite à l'avance ?

C'est notre angoisse à nous autres prêtres et apôtres, elle est là quand il faut parler à des jeunes, car tout cela, ils vous l'objectent immédiatement.


PLACE INDISPENSABLE DE L'EXPÉRIENCE

4°) C'est peut-être là le plus important, l'homme moderne pense que, d'une façon ou d'une autre, tout doit passer par l'expérience. Ce qui n'est pas expérimenté, ce qui n'est pas vécu, comme on dit de nos jours, c'est de l'abstrait, c'est du parachuté.

Alors, que pourrait bien être une révélation dans laquelle l'expérience de l'homme n'aurait aucune part ?

Je pose la question très brutalement, quelle est la part de votre expérience, c'est-à-dire de ce que vous vivez, du vécu de votre existence dans le mystère de la TRINITÉ ? Tout est là !... Si cela ne correspond pas à une expérience vécue, c'est de l'abstrait...C'est une vérité de LA PALISSE, ce qui n'est pas vécu, c'est de l'abstrait. Et vous savez que c'est là, pour beaucoup de nos contemporains, une raison sérieuse d'être athée. MARX, FREUD et beaucoup d'autres, concluent que ce que les chrétiens entendent par révélation, «c'est un produit de l'homme, un produit de l'inconscient» dira FREUD, «un produit sociologique» dira MARX, mais finalement, c'est de l'illusion, voilà ! Portrait robot de LA RÉVÉLAtion tel qu'il est malheureusement dans l'esprit de beaucoup de chrétiens à cause du faux pli dont j'ai parlé, deuxièmement, les requêtes majeures de l'esprit moderne dans ce qu'elles ont d'absolument essentiel et incontestable.


TROIS QUESTIONS ESSENTIELLES POUR LES CHRÉTIENS

A partir de cet antagonisme, de cette opposition de deux sensibilités qui s'affrontent, je dis que les chrétiens sérieux doivent se poser trois questions auxquelles me semble-t-il, on ne peut échapper que par infantilisme, ces trois questions sont les suivantes :
.
1°) Comment la Révélation peut-elle ne pas être extérieure à l'homme tout en restant une démarche de DIEU ?
.
2°) Comment la Révélation nous atteint-elle aujourd'hui sans rester seulement un événement du passé ? JÉSUS-CHRIST a 19, bientôt 20 siècles...
.
3°) Enfin, comment concilier le fait que la vérité est reçue de DIEU et la nécessité pour l'homme de faire la vérité ? Notez que le mot est dans l'Évangile, c'est JÉSUS qui nous dit :

«Celui qui fait la vérité vient à la lumière» JEAN 3,21

donc, c'est Lui-même qui nous dit : il faut faire la vérité, et en même temps, nous disons que nous la recevons de Lui. Voilà le problème !


EXPÉRIENCE VÉCUE

La réponse à ces questions ne peut pas être simple ou plutôt elle ne peut pas être simpliste. C'est le mot expérience qu'il faut mettre au centre de notre réflexion, ou, si vous préférez «vécu», car il est rigoureusement vrai que ce qui ne passe pas par l'expérience, ce qui n'est pas vécu, c'est de l'abstrait, c'est du parachuté, c'est donc mortel pour l'intelligence et pour la liberté de l'homme. Il est rigoureusement vrai qu'il faut proscrire ce qui est «tout fait», le tout fait est inacceptable. Des vérités toutes faites, qu'est-ce que cela veut dire ?

Derrière tout cela, je me rends bien compte qu'il y a tout le problème de l'éducation des enfants et des enfants en bas âge, le problème du catéchisme.

Je vous propose de réfléchir très rapidement, mais c'est évidemment la partie un peu plus difficile de mon exposé, plus difficile ? non, pas plus difficile, je dirais plus simple, seulement, nous avons perdu la simplicité ! Que voulez-vous, nous avons été habitués à avaler des vérités toutes faites qui nous étaient parachutées !


LE «VÉCU» RÉFLÉCHI

Je parle en ce qui me concerne, j'ai mis beaucoup de temps à réfléchir sur mon expérience. Un jour, j'ai tout de même compris qu'être un homme, c'est réfléchir sur son expérience, si on lâche l'expérience, on nage dans l'abstrait, mais si on ne réfléchit pas, alors ! le vécu est un vécu qui est purement animal : l'animal vit, mais ne réfléchit pas, et voilà pourquoi toute vie authentique c'est une réflexion sur le concret. Qu'est-ce qu'on fait d'autre dans les mouvements d'Action Catholique ?

«Voir, juger, agir»...

Voir, c'est l'expérience, c'est le concret. La vie comment est-elle vécue ? Comment est-ce que je la vis, moi ?

Juger...il faut donc réfléchir sur ce que l'on voit pour le juger : réflexion sur le vécu, sur le concret, et cela en vue d'une action.
Voir, juger, agir, cela restera éternellement vrai !


EXPÉRIENCE D'ISRAËL

Je vous propose de réfléchir sur l'expérience d'Israël, car l'expérience d'Israël, c'est le coeur de LA RÉVÉLATION. JÉSUS-CHRIST est au terme de l'expérience d'Israël... Le vécu d'un Peuple, et ensuite, je vous proposerai de réfléchir sur ce que doit être l'expérience chrétienne et c'est là que nous trouverons ce qu'est la véritable RÉVÉLATION.

D'abord, l'expérience d'Israël : eh bien, nulle part dans l'Ancien Testament, LA RÉVÉLATION n'apparaît comme extérieure à l'homme, jamais ! Ne vous laissez pas tromper, ne vous laissez pas abuser par des expressions comme :

«YAHVÉ a dit... DIEU a dit...».

Cela, c'est une manière de parler...La réalité est beaucoup plus profonde.

Dans l'Ancien Testament, LA RÉVÉLATION se fait progressivement, lentement, longuement, tout au long d'une histoire qui dure 20 siècles, où, peu à peu, petit à petit, l'homme juif fait l'expérience d'une rencontre avec DIEU, l'expérience d'une manifestation de Dieu dans son histoire.


UN PEUPLE QUI VIT INTENSÉMENT SON HISTOIRE

Je voudrais que cela vous apparaisse très simple, ce que je vous dis, seulement la difficulté, c'est de s'arracher à l'abstraction, c'est cela qui est difficile. Le peuple juif, c'est un peuple qui vit intensément son histoire.

Est-ce que je vis, moi, intensément ma propre histoire ?

Pas tous les jours, mais je me rappelle certains moments, certaines heures de ma vie, de mon histoire, que j'ai vécus intensément, je me rappelle, quand j'étais jeune, telle époque de crise, crise sentimentale, crise au niveau de la foi...

Au niveau d'un peuple, crise économique. Est-ce que les Français, en ce moment, ne vivent pas intensément, un moment de leur histoire ? C'est du vécu, ça...

Les Juifs se débattent dans cette histoire, ils avancent à travers mille événements et des événements qu'ils cherchent passionnément à comprendre. Ce n'est pas être un homme que de ne pas chercher à comprendre les événements qu'on vit, et, à mesure qu'ils avancent (12ème, 10ème siècle, David, 9ème siècle, SALOMON, 8ème siècle, 7ème, 6ème, ISAÏE...ensuite les MACCHABÉES) à mesure qu'ils avancent, ils se souviennent comme moi je me souviens.

Qu'est-ce qui m'est arrivé, il y a 15 ans, il y a 20 ans ?


UN PEUPLE QUI DÉCOUVRE UN SENS À SON HISTOIRE

Et alors peu à peu les Juifs comprennent que les événements qu'ils ont vécus, ils les comprennent, mais qu'est-ce que cela veut dire : comprendre ? Comprendre, c'est découvrir le sens.

Quelqu'un me disait il n'y a pas longtemps :

«je comprends seulement maintenant ce qui m'est arrivé il y a vingt ans lorsque j'ai perdu un grand garçon de 20 ans qui m'était très cher...»

Je comprends, ça veut dire : «je donne un sens à l'événement». Le sens n'est jamais tout fait. Le sens n'est pas dans le fait. Il y a une grève des postes actuellement, c'est un fait. Le sens de ce fait, il n'est pas dans le fait que les guichets sont fermés, ce n'est pas cette fermeture, ce n'est pas l'absence de courrier qui vous donnent le sens de l'événement, c'est moi qui pose le sens : je pose le sens de la grève actuelle en analysant la situation : salaires, nombre d'employés etc. Le fait, lui, est brut...

Alors, c'est tout en réfléchissant sur leur expérience que les Hébreux peu à peu comprennent que DIEU était avec eux, que toute leur histoire manifeste ce qu'est DIEU, dans son être profond. Ils comprennent peu à peu comment Dieu dévoile sa présence.

«Dévoile», c'est le même mot que «révèle» : dévoiler c'est révéler ; c'est le mot admirable de JACOB après le songe de l'échelle GENÈSE, et c'est un mot que chacun d'entre nous peut répéter, s'il a donné un sens à sa vie, à son vécu. Le mot de JACOB, c'est le suivant :

«DIEU était là et je ne le savais pas» GENÈSE 28

Et c'est cette découverte progressive que la BIBLE nous transmet inlassablement, jamais sous la forme d'un enseignement, jamais. Lisez, vous verrez. Toujours sous la forme d'une expérience vécue au jour le jour, au fil d'une longue histoire dont on se souvient.


EXPÉRIENCE DE LA COMMUNION ENTRE DIEU ET ISRAËL

Alors, qu'est-ce que c'est que l'expérience d'Israël, finalement ? Eh bien, c'est l'expérience de la communion entre deux personnes : DIEU et Israël, qui se découvrent mutuellement leur visage. C'est du vécu ; ce ne sont pas des choses qu'il s'agit de démontrer comme deux et deux font quatre, et de démontrer d'une manière telle qu'il faudrait traiter d'imbécile celui qui n'y croit pas ! C'est l'expérience d'une communion entre deux personnes, DIEU et Israël qui se découvrent mutuellement leur visage ; l'expérience d'une relation vivante, réelle, entre l'homme et DIEU, comme dit le Seigneur :

«Je serai votre Dieu et vous serez mon Peuple» JÉRÉMIE 7,23

Je n'en dis pas plus pour Israël, mais vous voyez à partir de là ce que pourrait être une éducation de la foi à partir de l'Écriture Sainte ; ce serait une éducation prodigieuse...mais nous sommes horriblement ignorants, ce n'est pas votre faute, je ne vous jette pas la pierre.
L'expérience chrétienne :

J'en arrive à mon dernier point, qui est le plus important. Je m'en vais vous dire une phrase qui résume tout et je reconnais que vous allez la juger incompréhensible, mais je l'éclairerai peu à peu j'espère. Voici :


«EN DEVENANT FILS DE DIEU DANS LE CHRIST, C'EST L'HOMME LUI-MÊME QUI DEVIENT PAROLE DE DIEU»

En devenant Fils de DIEU dans le CHRIST , eh bien, la Parole du Fils devient la Parole du Père. S'il est vraiment Fils, et uniquement Fils, et pleinement Fils, si je suis vraiment Fils, la Parole de mon Père, c'est ma Parole à moi.

Voilà ce qu'il faut creuser.

Or, l'essentiel de notre Foi, c'est que nous sommes fils de DIEU dans le CHRIST, c'est le même ESPRIT SAINT qui est dans le CHRIST et qui est en moi. LE CHRIST est animé par l'ESPRIT SAINT : Il me le donne pour que moi j'en sois animé (la PENTECÔTE), et nous savons bien que c'est le SAINT ESPRIT que nous recevons par tous les sacrements ;
il faudrait peut-être en tirer les conséquences ?

Alors voici cette phrase très audacieuse, je le reconnais, à première vue mais je vais l'éclairer, la Parole de DIEU (LA RÉVÉLATION) c'est Ma Parole à moi...Alors on ne peut plus parler de parachutage...On ne peut plus dire que ça me tombe de l'extérieur, et que je dois l'avaler même si je n'y comprends rien si c'est Ma Parole.


UN TEXTE DE BERNANOS

Pour éclairer cela, qui est l'essentiel de tout, je m'en vais vous dire quelques lignes de GEORGES BERNANOS, qui vont vous surprendre, je pense, comme elles m'ont surpris moi-même et pourtant GEORGES BERNANOS est un romancier français qui est mort en 1948 ; ce n'est pas un type extraordinaire, ce n'est pas un Père de l'Église, ni un grand théologien. Voici ce qu'on a trouvé dans un agenda ; il avait écrit cela quelques mois avant sa mort. A mon sens, c'est un des plus beaux textes de toute notre littérature :

«Je pense à DIEU et c'est moi, que peu à peu je découvre, ainsi qu'un autre lui-même, tout au fond du bourbier où je remue encore...
Il ne s'agit pas de conformer notre volonté à la sienne, car sa volonté c'est la nôtre, et lorsque nous nous révoltons contre elle, ce n'est qu'au prix d'un arrachement de tout l'être intérieur. Notre volonté est unie à la sienne depuis le commencement du monde.
Quelle douceur de penser que, même en l'offensant, nous ne cessons jamais, tout à fait, de désirer ce qu'il désire, au plus profond du sanctuaire de l'âme...» GEORGES BERNANOS

Et voici alors le texte inouï, scandaleux au premier abord :

«Nous voulons réellement ce qu'il veut, nous voulons vraiment, sans le savoir, nos peines, notre souffrance, notre solitude, alors que nous nous imaginons seulement vouloir nos plaisirs.
Nous nous imaginons redouter notre mort et la fuir, alors que nous voulons réellement cette mort comme il a voulu la sienne. Nous voulons tout ce qu'il veut, mais ne ne savons pas que nous le voulons. Nous ne nous connaissons pas, le péché nous fait vivre à la surface de nous mêmes, nous ne rentrerons en nous que pour mourir et c'est là qu'il nous attend» GEORGES BERNANOS

C'est un texte proprement inouï et qui dit tout.


EXPLICATIONS

Je pense que, ayant entendu ce texte là, vous ne pouvez plus vous étonner de ce que je disais tout à l'heure : en devenant véritablement Fils de DIEU dans le CHRIST, l'homme devient lui-même Parole de DIEU. BERNANOS a dit :

«Dans la profondeur de nous-mêmes» BERNANOS

tout à fait au fond, nous voulons ce que DIEU veut, la volonté de DIEU est la nôtre, finalement, c'est une seule et même volonté. Nous ne le savons pas. Il est bien évident que lorsque je vis à la surface de moi-même, je ne veux pas la souffrance, je ne veux pas la mort, bien sûr, et je ne sais pas que dans le fond de moi-même, je veux vraiment ce que Dieu veut, y compris ma mort.

Eh bien de même, ce que DIEU me dit et que j'appelle LA RÉVÉLATION, c'est ce que je me dis à moi-même quand j'ai le courage d'abandonner la surface de moi-même, mon épiderme, le lieu où je me divertis, le lieu où je m'amuse, même le lieu où je gagne de l'argent - bien qu'il soit légitime de travailler pour gagner sa vie bien sûr ! mais quand je vais tout à fait au fond de moi-même, la Parole de DIEU et ma Parole à moi sont une seule et même Parole.


COMPARAISON DES PROPHÈTES

Prenons la comparaison des prophètes. Nous disons que les prophètes nous transmettent la Parole de DIEU, nous disons qu'ils sont les porte-parole de DIEU. Mais prenons garde ! Tout chrétien est prophète ! et ce n'est pas moi qui vous le dis, c'est partout dans l'Écriture, tout chrétien est prophète, de même que les religieux et religieuses qui sont ici et dans le monde. Ils ne font qu'accentuer, par leur vie, ce qui est une exigence d'amour pour tous les chrétiens.

La pauvreté, la chasteté, l'obéissance, le dévouement, ne sont pas réservés aux religieux et religieuses : c'est pour tout homme, une autre manière d'être pauvre, bien sûr, une autre manière d'être chaste, bien sûr (heureusement) une autre manière d'être obéissant, bien sûr une autre manière de pratiquer le dévouement, c'est très vrai ; mais les religieux et les religieuses ne font qu'accentuer fortement, par leur vie, par leur témoignage, ce qui est une exigence d'amour et de dévouement pour tous les chrétiens.

Eh bien de même les prophètes ne font qu'accentuer le prophétisme de tous les baptisés qui sont vraiment les fils de DIEU. Je n'invente rien, voilà ce que je lis dans l'Ancien Testament :

«La Parole de DIEU est près de toi, elle est dans ta bouche, elle est dans ton coeur» DEUTÉRONOME 30, 11/14

Les prophètes ont tous souligné qu'ils n'avaient pas l'exclusivité de la Parole de DIEU. La parole de DIEU disent-ils sera dans tous les coeurs, attention !

Et le jour de la PENTECÔTE, SAINT PIERRE cite le prophète JOËL :

«Dans les derniers jours, dit DIEU, je répandrai de mon Esprit sur toute chair» JOËL 2, 28

Et JÉRÉMIE :

«Je mettrai ma loi dans leurs coeurs» JÉRÉMIE 31,33

Attention, réfléchissons bien, la parole qui sera dans mon coeur sera une parole de mon coeur, autrement elle n'est pas dans mon coeur ; elle n'est dans mon coeur que si c'est une parole de mon coeur, c'est-à dire ma parole. Il n'y a pas de distance entre la parole du coeur de l'homme et la parole de DIEU ! Nous voulons ce que DIEU veut, autrement dit nous sommes des fils au sens fort, des fils vraiment fils tout est là...


RÉVÉLATION, PAROLE ISSUE DU COEUR

Voyez-vous, ce qu'il faut bien comprendre et c'est là le point qui est très important, notamment avec les jeunes, ou avec les incroyants, nous ne pouvons pas dire de coeur une parole qui ne serait pas la nôtre. Je ne puis dire de coeur, du fond du coeur, une parole, que si c'est ma parole à moi, sinon il y a aliénation. En effet, je ne peux pas accepter de dire la parole d'un autre, cet autre fut-il Dieu, si cette parole n'est pas la mienne. Alors ?

Ou bien la parole de DIEU est ma propre parole, ou bien il n'y a pas de parole de DIEU, il n'y a a pas de RÉVÉLATION. Seulement voilà, cette parole qui est la mienne et qui est la même que celle de DIEU, on ne peut l'entendre que dans la profondeur de soi.


DESCENDRE PLUS PROFOND QUE LE SUPERFICIEL

Je ne sais pas comment vous êtes fabriqués, vous ! Mais moi je sais très bien comment je suis fabriqué ! On me dit que je suis pêcheur et je le répète tous les jours au début de la messe :

«Préparons-nous à célébrer l'EUCHARISTIE en reconnaissant que nous sommes pêcheurs».

Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que nous vivons à la surface de nous mêmes, là où il est bien évident que notre parole n'est pas la parole de DIEU. A la surface de moi-même, ma parole c'est mon intérêt, mon profit, ma tranquillité, acceptation de compromissions, des lâchetés. C'est cela, ma parole à la surface de moi-même, alors que la parole de DIEU, c'est Amour, DIEU lui-même n'est qu'Amour, c'est pour cela qu'il est Trinité et il aime tellement l'homme qu'il s'est fait homme, car aimer, c'est devenir celui qu'on aime.

Pour que la parole de DIEU soit ma parole à moi, pour que je puisse dire de coeur cette parole parce qu'elle est dans mon coeur, il est évident qu'il faut que je descende au fond de moi-même. Je suis très loin de moi-même et la preuve en est que je commence à sursauter lorsque j'entends dire :

«Nous voulons réellement notre mort...» BERNANOS

Non, c'est évident qu'à la surface de moi-même je ne veux pas ma mort, mais quand je me rejoins moi-même là où DIEU est présent, présent et actif, là où il s'engendre, là où je suis véritablement son fils, au sens fort, ma parole est exactement la même que la sienne.

Je pense que nous sommes loin de LA RÉVÉLATION envisagée comme un ensemble parachuté de vérités à croire. Nous sommes loin de la foi qui serait une adhésion intellectuelle à ces vérités parachutées, comment pourriez vous dire de coeur des choses que vous ne comprenez pas ? Vous avez vraiment dit de coeur, quand vous étiez jeune : il y a un seul DIEU en trois personnes ? Ça venait vraiment du coeur ? Si vous ne dites pas cette parole véritablement de coeur, comment pouvez vous croire que DIEU l'a mise dans votre coeur, ça n'a pas de sens !


ENSEIGNEMENT, SOURCE DE LA RÉVÉLATION

Alors LA RÉVÉLATION n'est pas un enseignement, mais elle comporte un enseignement, il ne faut pas l'oublier ! Car enfin, ce CHRIST qui est en moi et qui me parle une parole telle qu'elle devient ma propre parole, eh bien ! Qui est ce CHRIST ? Où est-ce qu'on me parle de Lui ? Qu'est-ce qu'il a fait quand il a vécu ? Comment a-t-il vécu ? Comment est-il mort ? Il faut bien que je le connaisse ! Si ce CHRIST n'est pas un X ou un Y dont j'aurais une connaissance magique, il faut bien que j'aille là où on me dit qu'il est : alors, c'est l'Écriture, c'est l'Évangile et c'est la tradition de l'Église ! Mais l'Écriture, la tradition, ce sont les sources de LA RÉVÉLATION, ce n'est pas LA RÉVÉLATION elle-même. LA RÉVÉLATION elle-même qui s'exerce au coeur de l'expérience humaine.


LA FOI CHRÉTIENNE N'EST PAS UNE IDÉOLOGIE

Une idéologie est une certaine vision du monde, un système d'idées et de jugements qui sert à expliquer, justifier la situation d'un groupe et qui, s'inspirant largement de valeurs, propose une orientation à l'action de ce groupe. La lumière de LA RÉVÉLATION, ce n'est pas une idéologie.

Le marxisme est une idéologie, si vous avez des contacts avec des communistes, vous les entendez parfois comparer l'idéologie marxiste et l'idéologie chrétienne, or précisément, le christianisme n'est pas une idéologie, la manière de comprendre LA RÉVÉLATION telle qu'elle a été décrite au début de cette conférence en fait une idéologie, tout simplement...Alors on va opposer idéologie à idéologie, on en conclura probablement que l'idéologie communiste est plus efficace, en tant qu'idéologie, c'est très probable que ce soit plus efficace, l'idéologie chrétienne n'est pas très efficace en tant qu'idéologie ! Vous voyez les confusions dont il faut se sortir à tout prix !


DEUX PAROLES DU CHRIST

Je termine avec deux phrases de l'Évangile, qu'il nous faut absolument concilier :

«Je suis la Vérité» JEAN 14, 6

C'est le CHRIST qui parle, c'est lui qui est la Vérité. Cela reste vrai.

«Celui qui fait la vérité vient à la lumière» JEAN 3,21

et une lumière qui ne sera pas une idéologie.

Alors tout le problème revient à se convertir tous les jours, c'est -à dire à se convertir tous les jours, à descendre au fond de soi, jusqu'au point où nous faisons le vrai, où nous sommes des hommes vrais, qui vivons le vrai avec le CHRIST qui est en nous.

Aucun commentaire: