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vendredi 3 juin 2011

LA CRÉATION FRANCOIS VARILLON



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«LA CRÉATION»


Notes prises par un auditeur lors d'une Conférence donnée par le Père FRANÇOIS VARILLON (S.J) théologien, à la cathédrale Sainte Bénigne de Dijon le vendredi 15 novembre 1974



LE MYSTÈRE DE LA CRÉATION

Le Mystère de la Création est peut-être le plus mystérieux des Mystères. Il joue beaucoup dans l’athéisme actuel : ce qui est nié par les athées d’aujourd’hui, ce n’est pas Dieu tout court, mais Dieu-Créateur. Pour eux, si DIEU nous crée, nous ne pouvons pas être des hommes libres, nous sommes en quelque sorte des objets entre les mains du Créateur, et cela apparaît comme contraire à la dignité de l’homme. Il y a donc là une question fondamentale : même si nous ne parvenons pas à lui donner une réponse positive avec des clartés fulgurantes, nous allons essayer au moins d’évacuer certaines imaginations qui ne peuvent que rebuter l’incroyant.


REMARQUES PRÉLIMINAIRES :

1. Danger de l’imagination

Quand on aborde un tel sujet, il faut renoncer à vouloir imaginer les choses. C’est très difficile. Nous sommes plus prompts à imaginer qu’à concevoir, et, lorsque nous ne parvenons pas à imaginer, nous déclarons que nous ne comprenons pas. Un effort est nécessaire pour mortifier l’imagination. Il ne peut être question d’«imaginer» l’acte créateur, pas plus qu’il ne peut être question d’«imaginer» DIEU.

2. Caractère de la Révélation

La curiosité intellectuelle doit être mortifiée comme l’imagination. La Révélation n’a jamais visé à satisfaire une simple curiosité. Le Christianisme n'est pas une philosophie. La Révélation ne se situe pas au plan de l’explication : c’est la Science qui explique, et non pas la Révélation.

La Révélation éclaire notre marche vers DIEU ; elle nous dit qui est Dieu et qui est l’Homme, dans la mesure où cela est nécessaire à notre relation vivante avec Dieu. La Révélation n’est pas une énigme à faire disparaître, elle est un Mystère, obscur en lui-même, mais qui doit éclairer notre cheminement, notre vie pratique, notre conduite.

3. Fondement de la foi : un Dieu Libérateur

Ce qui est révélé en premier lieu dans la BIBLE, ce n’est pas le DIEU-CRÉATEUR, mais le DIEU-LIBÉRATEUR :

2 Je suis Yahweh, ton dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude EXODE 20, 1

Ce qui est au coeur de notre Foi, c’est la promesse d'accéder à la liberté même de DIEU, de participer à la vie même de DIEU ; c’est ce que nous appelons la «divinisation de l’homme» : nous sommes sur la Terre pour devenir par participation ce que Dieu est par nature (se reporter aux conférences précédentes). Dans la BIBLE nous n’entendons pas Dieu dire à l’Homme : «c’est moi qui t’ai créé», mais nous l’entendons dire «c’est moi qui t’ai libéré». Un jeune enfant sur la poitrine de sa mère ne se demande pas s’il est l’héritier de VERCINGETORIX et des Gaulois, il cherche uniquement à être libéré de ses tiraillements d’estomac ; sa mère n’est pas d’abord celle qui l’a mis au monde mais celle qui le libère de sa faim. Ce n’est que plus tard, quand il atteindra l'âge adulte, qu’il se posera peu à peu la question de ses origines et de sa fin.

RAPPEL HISTORIQUE & CHRONOLOGIQUE

La BIBLE contient deux récits de la Création aux chapitres 1 et 2 du Livre de la GENÈSE. Le récit du chapitre 1 est le plus récent : il date du V0 Siècle avant Jésus-Christ ; celui du chapitre 2 remonte au VIIIe Siècle avant JÉSUS-CHRIST.

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REMIÈRE PARTIE

CE QU'IL FAUT ÉLIMINER


Pour déblayer la question, essayons d’abord d’éliminer les fausses conceptions qu’on peut se faire de la Création : trop souvent, en effet, nous sommes victimes d’imaginations fallacieuses et redoutables, qui se cristallisent dans des mots que nous employons à la légère et qu’il faut proscrire si l’on veut être rigoureux : Émanation - Dégradation - Fabrication – Commencement


I - ÉMANATION

Le Monde émane-t-il de DIEU comme un fleuve émane de sa source ou comme une nappe de lumière émane d’un foyer lumineux ? Non. Le Monde n’est pas une émanation de Dieu. Si le Monde était une émanation de Dieu, il faudrait dire qu’il est nécessaire, et qu’il est éternel comme DIEU : dès qu’il y a un foyer lumineux il y a nécessairement des rayons.

Dans d’autres philosophies, dans d’autres religions (en ASIE notamment), le Monde est compris comme une émanation de DIEU, aussi nécessaire que Lui.

Ce que la BIBLE affirme c' est que DIEU existe, qu’Il est un Être personnel, intelligent et libre, qu’Il veut, d’une volonté libre, que le Monde Soit, et que le Monde est ainsi une réalité distincte de DIEU. Il n’y a pas émanation mais distinction. Le Monde est distinct de DIEU.


II - DÉGRADATION

Doit-on considérer qu’avec son vieillissement, sa descente vers la mort, le Monde est suivant une idée des vieux Grecs une «dégradation» par rapport à l’Être de DIEU.

Le temps qui passe, le temps qui s’écoule, n’est-il pas le signe de cette dégradation ? Non. Un chrétien ne devrait pas dire : «le temps passe», il devrait dire : le temps «mûrit» ; l’existence, pour lui, n’est pas un vieillissement, une course à la mort, mais une maturation, une parturition, une invention permanente, une genèse.

Renonçons à l’idée d’un Dieu dans la plénitude de l’Etre et d’un Monde qui en serait la dégradation ; retenons plutôt les images de l’arbre qui croît, du grain qui multiplie, du levain qui fait lever la pâte.
Le temps est un mouvement de montée vers ce que
TEILHARD DE CHARDIN a appelé «le point Omega».

Si nous savons ne pas le perdre (au sens où l’entendait PROUST) , chaque instant de notre vie peut être celui d’une décision créatrice, d’une montée vers ce point Omega. Ainsi, il convient de remplacer le terme de dégradation par celui de «maturation». L’histoire est maturation.


III - FABRICATION

Là il faut être extrêmement énergique. Le monde n'est pas un mode «fabriqué».

La Création n’a rien à voir avec une fabrication. Dieu ne fabrique rien, pour la raison bien simple que DIEU est Amour, et que l’Amour ne fabrique rien. Une fabrication aboutit à un objet. Dieu est tout puissant ? Oui, mais c’est l’Amour qui est tout puissant. DIEU peut tout ? Non, Dieu ne peut que ce que peut l’Amour, et l’Amour ne peut pas fabriquer. L’Amour ne peut créer que des objets créateurs. Nous sommes des créatures, c’est vrai, mais nous sommes des créatures créatrices. S’il est vrai que Dieu est Amour, Il n’aurait jamais créé des créatures qui ne seraient pas créatrices.

Méfions-nous de certaines expressions, même quand nous les trouvons dans la BIBLE (la BIBLE est une pédagogie progressive avec images et métaphores): DIEU n’est pas un «potier» qui façonne l’argile, Dieu ne fabrique pas le plus mince atome, DIEU ne fabrique rien. On ne fabrique pas des libertés. Le propre de la liberté est de ne pas être fabriquée, et de ne pas pouvoir l’être.

Quand les athées imaginent un DIEU-FABRICANT, ils ont beau jeu de protester au nom de la dignité de l’homme ! Un musicien ne «fabrique» pas une symphonie, on ne peut même pas dire qu’il la «produit», la symphonie est une «création».

Dans notre expérience humaine la plus élémentaire, nous sentons bien
que 1’amour ne fabrique pas ; les parents ne fabriquent pas des
enfants un véritable éducateur vise à rendre les enfants capables de se
créer eux-mêmes.

Extirpons donc une bonne fois cette fausse idée de «fabrication»


IV - COMMENCEMENT

Le mot «commencement» ne convient pas. Il faut le remplacer par «dépendance», dépendance radicale.

On imagine parfois la Création comme une chiquenaude initiale mettant en route le processus de développement (Cf. le «coup de pied dans un ballon» de VICTOR HUGO).

Erreur. L'acte créateur n’est pas un commencement chronologique. Quand je dis que DIEU crée le Monde, je ne dis pas qu’il l’a créé. Il ne faut pas mettre la Création au passé. Dieu crée AUJOURD’HUI, et Il crée aujourd’hui autant qu’au commencement. (S’il s’agissait d’une fabrication on ne pourrait pas dire cela).

N’oubliez pas le mot : «simplicité». La Création est un acte simple, parce que DIEU est simple. Un acte simple est un acte qui ne peut pas être divisé en opérations successives. Dans toute «fabrication», il y a des opérations successives (Ex. la fabrication d’une robe) ; quand il s’agit de la Création au contraire, c’est un acte simple, absolument simple, sans composition, sans aucune espèce de succession.

Dire que l’acte créateur est un acte simple, c’est dire que «l’énergie divine qui crée est simultanément présente dans le tout de son acte», ce qui veut dire que le commencement coïncide avec la fin : au moment de ma mort, je suis créé comme je l’ai été dans le sein de ma mère.

Tout cela est très mystérieux certes ! C’est le Mystère même de Dieu. C’est un Mystère parce que, dans notre existence de tous les jours, nous ne trouvons rien qui soit simple comme DIEU est simple.

Ainsi, l’acte créateur de DIEU ne se situe pas seulement au commencement, il embrasse tout le devenir, toute l’histoire du Monde. Pour DIEU, créer et conserver dans l’existence, c’est tout un. On est loin du coup de pied dans le ballon ! L’acte créateur n’est pas au commencement comme une chiquenaude qui lance, il est au coeur de l’existence, et il est le même au commencement et la fin (ces notions de commencement et de fin n’ont du reste un sens que pour nous, comment auraient-elles un sens pour DIEU ?)

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EUXIÈME PARTIE
CE QU'ON PEUT PRESSENTIR

Entrons maintenant dans une intelligence très faible mais plus positive, de l’acte divin créateur.


I – LA CRÉATION NE RELÈVE PAS DU DOMAINE DE LA SCIENCE

Ce qui se passe dans notre univers physique relève du physicien : le physicien, en tant que tel, n’a pas à recourir à l’hypothèse d’un Dieu-Créateur. Il en est de même. pour le chimiste ou pour le biologiste quand ils travaillent dans leurs spécialités. Dans son livre «Le hasard et la nécessité» qui est contestable sur d’autres points - MONOD (Prix Nobel) a parfaitement raison quand il dit que le savant, en tant que savant, n’a pas à recourir à l'hypothèse d’un Dieu-Créateur.

La Science s'interroge sur la manière dont se produisent les phénomènes : vents, cyclones, séismes, évolution des espèces etc. ; elle n’a pas à s’interroger sur l'origine première des choses.
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Je dis : «origine», je ne dis pas : «commencement». Une personne de 80 ans peut très bien se demander : quelle est mon origine (maintenant dans ma 80e année) ? et cette origine est tout autre chose que son commencement il y a 80 ans.

La Science na pas à s'interroger sur les «raisons d’être». Elle ne peut envisager que les transformations qui se produisent au sein d’un univers donné. Cela ne veut pas dire qu'aucune question de commencement ou de fin ultime ne se pose au niveau de la science physique. mais alors C’est au savant à parler, ce n'est plus une question de Foi.


II – DEUX APPROCHES POSSIBLE DU MYSTÈRE DE LA CRÉATION

Dans notre expérience humaine, deux choses nous permettent de pressentir. avec des images moins mauvaises que celles que nous avons éliminées dans la 1ère Partie, ce qu'est le Mystère de la Création : La Création artistique, l'Amour (qui de soi est créateur)


1. LA CRÉATION ARTISTIQUE

Pensez a un musicien à un peintre que vous aimez. Sa création artistique n'est pas une fabrication, une production : il y a dans cette création une invention toute gratuite Ne vous êtes-vous jamais demandé comment telle phrase du BACH ou de BEETHOVEN a-t-elle pu jaillir dans un cerveau humain ? C'est de l’irrationnel. c’est de l’invention, c’est la marque du génie

Seulement, dans l'oeuvre d'art, il y a tout de même une part de «fabrication». Il faut bien que cette idée géniale gratuite, créatrice, inventée, s ‘exprime à travers une matière des notes des mots des couleurs, du marbre. Il faut bien que l'artiste donne corps à son idée en transformant la matière Par ce côté-là la création artistique s’apparente à une fabrication, mais à l'origine il y a bien création proprement dite, il y a discontinuité entre la matière préexistante et l'oeuvre d’art.

Je pense que l'orientation vers la création artistique est une orientation correcte pour commencer à comprendre ce que peut être l’acte Créateur de DIEU, à condition de ne pas oublier que dans l’oeuvre d’art il y a une part de fabrication, alors que dans la Création divine il n’y en a aucune.


2. L’AMOUR

L’AMOUR QUI RE-CRÉE

Je suis très frappé par la possibilité que nous avons, nous autres hommes, de «re-créer» : un gangster, un blouson noir un clochard, un jeune glissant vers la neurasthénie aiguë, un de ces pauvres types qui ne sont pas aimés, qui n’ont jamais été aimés, et qui, précisément parce qu’ils n’ont pas été aimés, se dirigent vers une existence qui ressemble à un néant.

Certains êtres existent-ils ? Ils respirent, ils mangent, ils marchent, oui, mais ils s’approchent du néant en se dégradant progressivement, en existant de moins en moins.

Eh bien ! j’ai le pouvoir inouï de re-créer cet homme, simplement en le regardant avec amour, en m’intéressant à lui.

EXEMPLE : les repas pour les blousons noirs à la paroisse SAINT SEVERIN à Paris.

A partir du moment où je regarde un mal-aimé avec amour, il peut redevenir authentiquement un homme. Mon regard d’amour le re-crée.


L’AMOUR QUI ILLUMINE

DIEU n’est qu’Amour. L’amour (nous l’avons vu) différencie autant qu’il unit : je veux que tu sois toi, et que tu sois toi différent de moi. Dieu veut que l’autre soit, et ce vouloir est efficace. Celui qui est la Lumière veut que la lumière jaillisse dans les yeux de l'être aimé si je t’aime, je ne peux pas vouloir que tes yeux soient ternes, je veux qu’il y ait de la lumière dans tes yeux, je veux être auprès de toi comme une contagion de lumière, d’existence lumineuse. Un regard d’amour est une contagion d’existence lumineuse.

L’AMOUR QUI ÉVEILLE

Dire à quelqu'un je t’aime, c’est lui dire : je suis ambitieux pour toi, je ne veux pas te dominer, je veux t’éveiller. La puissance de DIEU n’est pas une puissance dominante : un être dominé ne peut être qu’un objet, un amour qui dominerait c’est une contradiction dans les termes.

90 % des gens qui se disent chrétiens se représentent pourtant DIEU comme Celui qui domine, comme le «grand patron» qui nous a fabriqué.

On ne peut pas dominer des libertés : les libertés, on les éveille. Alors je dirai : DIEU crée par l’influx de sa contagion éveillante.


L’AMOUR QUI SUSCITE

J’ai eu la chance, qui n’est pas donnée à tous, d’avoir un véritable maître, près duquel j’ ai vécu plus de 20 ans, et qui fut pour moi à la fois un père, un frère et un ami. J’ai recueilli la «contagion» de cet homme, je peux presque dire qu’il m’a créé. Il ne me donnait jamais ni ordre, ni même conseil. Que faisait-il auprès de moi ? Il existait. Rien d’autre. Mais son existence était contagieuse. Mon désir continuel était de lui ressembler, d’exister comme lui, avec la même grandeur d’âme, la même noblesse, la même culture. Près de lui impossible de rester médiocre. Vous aussi, vous avez probablement connu tel homme ou telle femme près de qui on sent qu’il est impossible de rester médiocre, d’être «moche», de se comporter comme un «semi-néant», quand on est en relation habituelle avec lui ou avec elle. Au fond, quand Il crée, DIEU ne fait rien. Dieu est simple. Il n’y a pas en Lui une existence doublée d’une action.

Il EST et c’est tout. Mais cette existence est de l’Amour, un Amour qui est suscitation d’existence.


L’AMOUR QUI S’EFFACE

Et cet Amour est humble. L’acte créateur est l’acte par lequel DIEU, en quelque sorte, S’efface, Se retire, pour laisser surgir des libertés qui ne sont pas Lui

«DIEU a fait l’Homme comme l’Océan a fait les Continents : en Se retirant !» dit le poète allemand HÖLDERLIN

DIEU est Tout, mais un Tout gui renonce à être Tout car le renoncement est au coeur de l’amour, et, si DIEU ne renonçait pas à être Tout, nous ne pourrions pas dire qu’Il est Amour.

REMARQUE :

l’image de la mer qui se retire pour laisser surgir les continents est très belle, mais elle n’est pas parfaite quand il s’agit de DIEU-CRÉATEUR, n’oublions pas que ce DIEU reste présent à sa Création.


III – LE GESTE CRÉATEUR CONÇU COMME UN RENONCEMENT DE DIEU

Essayons d’aller plus loin.

La Création est l’acte par lequel DIEU fait que la créature se fasse elle-même par elle même. Vous avez de la peine à imaginer cela. Moi aussi. Je me rappelle pourtant, dans une réunion de jeunes foyers, un père de fa mille mettant l’accent sur son désir d’obtenir que ses enfants «se fassent eux-mêmes». La Création est l’acte qui fait que la créature puisse se créer elle-même.

Nous sommes là dans le Mystère. Mais il y a un moyen d’entrevoir une lueur de clarté. Un jour, dans une discussion sur la Création entre un jeune prêtre et un communiste athée, le premier disait : c’est DIEU qui crée le Monde, et le second rétorquait : c’est l’Homme qui se crée lui même. Or ils avaient raison et ils avaient tort tous les deux : on ne peut évidemment pas dire que l’Homme se crée lui même, mais on ne peut pas non plus se contenter de dire que DIEU crée le Monde, car DIEU crée des créatures créatrices. - Dieu ne serait pas vraiment Créateur s’Il nous fabriquait comme on fabrique du tout-fait. Il est Créateur dans le sens qu’Il est le fondateur de notre liberté de nous créer nous-mêmes.

J’insiste beaucoup sur le geste créateur conçu comme un RENONCEMENT de DIEU. L’amour ne va pas sans humilité, sans renoncement à soi je ne peux pas vouloir l’autre pour lui-même et le vouloir en même temps pour moi. Si DIEU n’était pas Amour, l'idée d’une Création serait peut-être inintelligible. Si Dieu n’est pas Trinité, la Création est une énigme, le dialogue avec l’athéisme est complètement coupé. C'est dans le renoncement de chacune des trois Personnes de la TRINITé à être Soi même pour Soi-même que Dieu puise la puissance de renoncement à Soi qui permet que d’autres puissent venir dans l’existence en eux-mêmes et par eux-mêmes.

Si DIEU n’est pas Créateur dans ce sens-là, nous avons des raisons de lui reprocher d’être un mauvais fabricant, un mauvais «horloger» (horloge de VOLTAIRE) l’horloge n’est jamais à l’heure, il y a du mal partout dans le monde ; et on ne peut pas tout imputer au péché (nous en reparlerons à propos du péché originel). Au contraire, si DIEU crée des hommes se créant eux-mêmes, s’Il respecte leur liberté créatrice, on comprend que l’homme tâtonne, et que l’histoire de la création humaine comporte des lenteurs, des reculs, des ratés (Cf. CLAUDEL).

DIEU, qui n’est qu’Amour veut que la Création soit notre oeuvre. Une conception superficielle de l’amour voudrait que DIEU «manipule» le Monde, et qu’Il intervienne pour empocher les malfaçons. Mais, avec un DIEU qui nous manipulerait, on retombe dans le DIEU-FABRICANT, ce DIEU que les athées refusent à juste titre. L’Amour de DIEU n’est pas un amour d’anfant de choeur. C’est peut-être l’idée que nous nous faisons de l’amour qu’il conviendrait de rectifier, DIEU nous aime assez pour S’imposer à Lui-même la souffrance de nous voir souffrir. Et cette souffrance de DIEU est sans doute la perfection de l’Amour : l’absence de souffrance, à ce stade, ne serait-elle pas une imperfection ?


CONCLUSION

Le problème philosophique que pose la Création n’a pas de solution si on ne croit pas à la TRINITÉ. Chaque Personne de la TRINIté est PAR les autres et POUR les autres . Dans ce RENONCEMENT, Dieu puise l’énergie d’un Renoncement plus grand , où Il renoncera à être Tout, et ouvrira des libertés à ce qui n’est pas Lui. Ce qui est au coeur de l’acte créateur c’est l’absolu respect par Dieu de la liberté d’une créature qui doit se créer elle-même.

Ainsi, en résumé :

c’est DIEU qui crée, et ce qu’Il crée, c'est la capacité pour l’homme de se créer lui- même, de devenir un homme libre, d’affronter la mort.

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NNEXE

QUESTIONS POSÉES A L'ISSUE DE LA SÉANCE DU SOIR


PREMIÈRE QUESTION

L’explication de la Création par un acte d’amour de DIEU est- elle valable pour le monde matériel ?

RÉPONSE :

Il appartient au philosophe de s’expliquer sur l’origine du monde matériel. La Foi ne préjuge pas de la réponse du philosophe, et beaucoup de philosophes répondent du reste que le monde se crée lui-même. Quand nous affirmons dans le CREDO que Dieu est le Créateur du Ciel et de la Terre, nous parlons de la création des libertés (angélique et terrestre). La Foi se situe au niveau de la liberté. En tant que croyant j’affirme que DIEU est le fondement de libertés qui doivent se créer elles-mêmes. Quant à. l’origine du monde matériel, je n’en sais rien.


DEUXIÈME QUESTION

L’image d’un DIEU qui crée «en se retirant» est-elle logique ? Comment DIEU pourrait-Il, à la Création, se retirer de quelque chose de préexistant ?

RÉPONSE :

Cette image n’est qu’une image. Elle est simplement moins fausse que celle du DIEU-FABRICANT. DIEU ne se retire pas de quelque chose de préexistant, Il Se retire en Lui-même ; Il Se rétracte sur Lui- même : Celui qui est Tout renonce à être Tout.


TROISIÈME QUESTION

DIEU est simple. Nous sommes composés. Il y a contradiction.

RÉPONSE :

Étant des créatures, nous ne pouvons pas être ce que DIEU est. Nous avons à tenter de le devenir.


QUATRIÈME QUESTION

L’Amour de DIEU étant infini, Sa Création ne peut être qu’infinie. Sommes-nous une Création parmi d’autres ?

RÉPONSE

Vous restez à l’idée d’une «fabrication». L’acte créateur de DIEU n’implique absolument pas une création infinie. Y a-t-il d’autres Créations ? Je n’en sais rien.. Cela regarde la Science.


CINQUIÈME QUESTION

L’égoïsme n’est-il pas le plus criminel usage que l’homme puisse faire de sa liberté ?

RÉPONSE :

Bien sûr ! Et ce Mystère est éclairant pour notre conduite.

L’amour n’emploie jamais à l’égard de l'être aimé les moyens de la puissance, de la violence, ou de la séduction. DIEU ne dit pas Je veux. Il est «le premier priant». Il nous prie d’accèder à une véritable humanité.


SIXIÈME QUESTION

Pourquoi le Monde ne serait-il pas éternel ?

RÉPONSE :

Un monde éternel ne serait pas éternel de l’éternité même de DIEU. L’éternité de DIEU n’est pas un allongement du temps.


SEPTIÈME QUESTION

Pourquoi DIEU aurait-il donné l’existence au Monde si cela n’était pas nécessaire ?

RÉPONSE :

La gratuité consiste à faire ce qui n’est pas nécessaire. C’est une motivation essentielle pour un chrétien que de travailler à ce qu’il y ait de la gratuité dons le monde (Exemple : l'art, mais par dessus tout service de DIEU). Justice d’abord certes, mais finalement l’homme n’est lui-même que dans la gratuité. DIEU est «inutile». Mais ce n’est pas parce qu’Il est inutile qu’il faut Le biffer. Croire en DIEU parce qu’il est utile et Le nier parce qu’Il est inutile sont deux formes d’une même médiocrité.


HUITIÈME QUESTION

DIEU ne Se fait-Il pas «moyen d’existence» pour l’homme ?

RÉPONSE :

Ne jouons pas sur les mots. Toutes les fois que nous parlons de DIEU rien de ce que nous disons n’est absolument vrai. Dire simplement Dieu EST, c’est vrai et ce n’est pas vrai, car DIEU n’EST pas
comme nous.


NEUVIÈME QUESTION

S’il est chrétien, un chercheur scientifique doit-il détacher sa recherche de sa vie chrétienne ?

RÉPONSE :

Oui, sauf cas exceptionnels (découverte pouvant servir à des usages mauvais)


DIXIÈME QUESTION

Dans un chercheur peut-il y avoir deux personnages distincts : le chercheur et le chrétien

RÉPONSE

Deux exemples

a) l’étude des Évangiles =}=}=} l’historien se pose des questions  =}=}=} le chrétien affirme la Résurrection

b) une guérison à Lourdes  =}=}=} le croyant dit : c’est un miracle  =}=}=} l’incroyant constate seulement : ma science n’explique pas ce phénomène.


ONZIÈME QUESTION

N’y aurait-il pas une explication de la Création plus accessible à la raison ?

RÉPONSE

Pour qui a l’expérience de l’amour humain, le mot «Amour» dit quelque chose.


DOUZIÈME QUESTION

Si le Créateur a voulu que l’homme se crée lui-même, la Création est
imparfaite. N’est-ce pas une atteinte à la gloire de DIEU ?

RÉPONSE

La Création serait imparfaite si c’était la «fabrication d’un tout-fait». Vous réintroduisez alors en DIEU des éléments qui ne sont pas l’Amour. Et vous semblez supposer que DIEU ne pourrait créer qu’un autre DIEU. L’Amour crée pour la créature une possibilité de création de soi par soi, avec débouché sur la vie éternelle.

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