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jeudi 26 novembre 2009

QUATRE PASSIONS DE L'AME


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DE L'ÂME
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JOIE – ESPÉRANCE- CRAINTE - DOULEUR
Les passions sont, en l’homme, à la charnière entre son animalité et sa rationalité. Elles désignent tout le jeu de ses émotions et de ses sentiments.
SAINT JACQUES CHAPITRE 3
1 Mes frères, qu'il n'y en ait pas tant parmi vous qui s'érigent en docteurs, sachant que nous serons jugés plus sévèrement.
2 Car nous péchons tous en beaucoup de choses. Si quelqu'un ne pèche pas en parole, c'est un homme parfait, capable de tenir aussi tout le corps en bride.
3 Si nous mettons aux chevaux un mors dans la bouche pour nous en faire obéir, nous gouvernons aussi leur corps tout entier.
4 Voyez encore les vaisseaux tout grands qu'ils sont et quoique poussés par des vents impétueux, ils sont conduits par un très petit gouvernail au gré du pilote qui les dirige
Pour la deuxième fois, un songe, dont Dieu dispose pour se communiquer, empruntant les symboles de quatre chevaux ou quatre animaux, bien connus dans l'Eglise m'a encouragée, faute de trouver des éléments sur le WEB, à consigner à toutes fins utiles, sur cette page, quelques clefs de compréhension.
Les textes qui suivent, puisés dans l’œuvre de saint Jean de la Croix ne peuvent être pleinement compris que si on les place à bon aloi, tout au long de la voie que l'âme parcourt pour aller vers Dieu et dont le terme est l'union complète, appelé mariage spirituel.

Je conseille vivement à ceux qui voudraient en savoir plus, de lire l’œuvre de saint Jean de la Croix, qu'on ne trouve, malheureusement qu'incomplète sur le WEB.
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LES QUATRE PASSIONS DE L'ÂME SELON SAINT JEAN DE LA CROIX :
PREMIER CANTIQUE Ou l'on traite en général de la nuit obscure et de la nécessité d'y passer pour arriver à l'union divine, et en particulier de la nuit obscure des sens et des passions qui causent de grandes pertes à l'âme.
«Pendant une nuit obscure, enflammée d'un amour inquiet, ô l’heureuse fortune ! je suis sortie sans être aperçue, lorsque ma maison était tranquille».
CHAPITRE XIII Quelques moyens pour entrer, par la foi, dans la nuit ou la mortification des sens.

Si nous voulons mortifier et apaiser les quatre passions de notre nature : la joie, l'espérance, la crainte et la douleur, puisque de leur concorde et pacification découlent les biens dont nous avons parlé et beaucoup d'autres encore, il faut employer ce qui est un remède total à tous ces maux, la source du vrai mérite et des grandes vertus.
Que l'âme donc s'applique sans cesse non à ce qui est plus facile, mais à ce qui est plus difficile
. Non à ce qui plaît, mais à ce qui déplaît ;
. Non à ce qui console, mais à ce qui est un sujet de désolation ;
. Non à ce qui est repos, mais à ce qui donne du travail ;
. Non à ce qui est plus, mais à ce qui est moins ;
. Non à vouloir quelque chose, mais à ne rien vouloir ;
. Non à rechercher ce qu'il y a de meilleur dans les choses, mais ce qu'il y a de pire, et à désirer entrer pour l'amour du Christ dans un dénûment total, un parfait détachement et une pauvreté absolue par rapport à tout ce qu'il y a en ce monde.
Il faut embrasser ces pratiques de tout coeur et s'appliquer à y assujettir la volonté. Celui qui s'y soumet avec amour, intelligence et discrétion, ne tardera pas à trouver beaucoup de délices et de consolations.
Il suffit de se conformer fidèlement à ces pratiques pour entrer dans la Nuit des sens. Néanmoins, pour donner de plus amples explications, nous parlerons d'une autre sorte de pratiques qui apprennent à mortifier la concupiscence de la Chair, la concupiscence des yeux et la superbe de la vie, trois choses, au dire de saint Jean (Jean, II, 16), qui occupent le monde et d'où procèdent toutes les autres tendances.
La première consiste à travailler au mépris de soi et à désirer que les autres nous méprisent; cette pratique est contre la concupiscence de la chair.
La seconde consiste à parler de soi-même avec mépris et à travailler à ce que les autres en parlent de même; cette pratique est contre la concupiscence des yeux.
La troisième consiste à avoir de bas sentiments de soi, à se mépriser et à désirer que les autres fassent de même; et cette pratique est contre la superbe de la vie.
Pour terminer ces avis et ces règles de conduite dont nous venons de parler, il nous semble bon de rapporter ici les vers que nous avons placés à l'image de la Montagne représentée au commencement de ce livre. Ils renferment la doctrine nécessaire pour gravir cette montagne qui symbolise l'union parfaite avec Dieu :
LA MONTAGNE DE LA PERFECTION SELON SAINT JEAN DE LA CROIX (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Mais s'ils s'adressent à la partie spirituelle et intérieure de l'âme, ils enseignent également à mortifier l'esprit d'imperfection de sa partie sensuelle et extérieure, comme l'indiquent les deux chemins placés de chaque côté de notre image qui figure la montagne de la perfection. C'est dans ce dernier sens que nous les prenons ici. Dans la seconde partie de cette Nuit nous les examinerons dans le sens spirituel.
Voici ces avis :
1. Pour arriver à goûter tout, veillez à n'avoir goût pour rien.
2. Pour arriver à savoir tout, veillez à ne rien savoir de rien.
3. Pour arriver à posséder tout, veillez à ne posséder quoi que ce soit.
4. Pour arriver à être tout, veillez à n'être rien en rien.
5. Pour arriver à ce que vous ne goûtez pas, vous devez passer par ce que vous ne goûtez pas.
6. Pour arriver à ce que vous ne savez pas, vous devez passer par où vous ne savez pas.
7. Pour arriver à ce que vous ne possédez pas, vous devez passer par où vous ne possédez pas.
8. Pour arriver à ce que vous n'êtes pas, vous devez passer par ce que vous n'êtes pas.
MOYEN DE NE PAS EMPÊCHER LE TOUT
1. Quand vous voulez vous arrêter à quelque chose, vous cessez de vous abandonner au tout.
2. Car pour venir du tout au tout, il faut se renoncer du tout au tout.
3. Et quand vous viendrez à avoir tout, il faut l'avoir sans rien vouloir.
4. Car si vous voulez avoir quelque chose en tout, vous n'avez pas purement en Dieu votre trésor.
C'est dans ce dénûment que l'esprit trouve sa paix et son repos. Comme il ne désire rien, rien d'en haut ne le fatigue, rien d'en bas ne l'opprime, car il est dans le centre de son humilité ; si au contraire il désire quelque chose, c'est cela même qui est pour lui fatigue et tourment.
CHAPITRE XV Déclaration des autres vers de ce Cantique.

«Oh ! l'heureux sort ! Je sortis sans être vue, Tandis que ma demeure était déjà en paix».


L'âme se sert d'une métaphore pour montrer le triste état de captivité où elle était; aussi elle regarde comme un heureux sort d'en avoir été délivrée sans qu'aucun de ses geôliers l'en empêchât. Par suite en effet du péché originel, l'âme est vraiment captive dans ce corps mortel, et y est assujettie à ses passions et aux tendances de sa nature. Une fois délivrée de leur tyrannie, elle proclame l'heureux sort qu'elle a de sortir sans être vue, c'est-à-dire sans en être empêchée ni retardée. Mais ce qui lui avait servi, c'est de sortir par une Nuit obscure, c'est-à-dire qu'elle avait renoncé à tous ses attraits et mortifié toutes ses tendances, comme nous l'avons dit.

Cette réflexion: «tandis que ma demeure était déjà en paix», signifie que la partie sensitive, ou demeure de toutes les tendances, était en paix, parce qu'elle les avait déjà domptées et endormies. Et, en effet, tant que nos tendances ne sont pas endormies par la mortification des sens et que les sens ne sont pas en paix et n'ont pas cessé leur guerre à l'esprit, l'âme ne parviendra pas à cette véritable liberté qui lui permettrait de jouir de l'union avec son Bien


TROISIÈME CANTIQUE

OU L'ON TRAITE DE LA PURGATION ET DE LA NUIT ACTIVE DE LA MÉMOIRE ET DE LA VOLONTÉ. — ON ENSEIGNE AUSSI À L'ÂME LA MANIÈRE DE SE CONDUIRE À L'ÉGARD DES ACTES DE CES DEUX PUISSANCES, POUR PARVENIR A L'UNION DIVINE.

 

CHAPITRE V Des biens différents que la destruction des espèces naturelles de la mémoire apporte à l'âme.

Les inconvénients que nous venons de remarquer nous font connaître, par la science des contraires , les avantages que la destruction des espèces naturelles de la mémoire procure à l’âme.
. En premier lieu, étant délivrée du trouble et des mouvements que les opérations de la mémoire lui causaient, elle jouit d'une paix agréable et d'une grande pureté de conscience : ce qui la dispose à la sagesse tant divine qu'humaine, et à la pratique des vertus chrétiennes et morales.
. En second lieu, l'âme est exempte des suggestions, des tentations et des impressions du démon, qui emploie les images de la mémoire pour la tenter, et pour la jeter en quelque impureté et en quelque péché, comme nous avons dit, selon le langage du prophète-roi : Ils ont pensé au mal, ils en ont parlé (Psal., LXXII, 8). Or, le démon n'a plus ce pouvoir lorsqu'on a détruit ces idées.
. Troisièmement, cet oubli prépare l'âme à recevoir les opérations et les lumières du Saint-Esprit, qui se retire, comme dit le Sage, des pensées folles et impures (Sap., I, 5).
Mais quand l'homme spirituel ne recueillerait point d'autre fruit d'avoir purgé sa mémoire de ses espèces, que de se délivrer de ses peines et de ses passions, il serait assurément bien récompensé ; puisque d'ailleurs ces mouvements et ce trouble ne servent de rien à l'âme pour détourner les accidents qui lui arrivent, ni pour apaiser la douleur qu'elle en conçoit. C'est dans ce sens que David dit que l'homme passe comme une vaine image, et qu'il se trouble inutilement (Psal., XXXVIII, 7), parce que le trouble ne lui peut être d'aucune utilité. De sorte que, si tout le monde se renversait, ce serait en vain qu'on s'en troublerait, et l'âme en recevrait plutôt du mal que du bien; au lieu que, si elle supportait paisiblement tout ce désordre, non-seulement elle en profilerait davantage, mais elle jugerait encore plus sainement des adversités, et y apporterait le remède convenable avec plus de facilité et d'efficacité.
Salomon était sans doute bien informé de la perte que ce trouble cause, et du fruit que cette paix produit, lorsqu'il disait : J'ai reconnu qu'il n'est rien de meilleur que de conserver la joie de son cœur et de faire tout le bien qu'on peut en sa vie (Eccl., III, 12), pour nous apprendre qu'en tous les événements les plus contraires, il vaut mieux nous réjouir que nous affliger, de peur de perdre le calme de l'esprit et la douceur intérieure qui nous aident à porter patiemment la bonne et la
mauvaise fortune. Or, il est constant que personne n'entrera dans cette agréable tranquillité sans sortir des idées et des opérations de sa mémoire, et sans se soustraire aux occasions de voir, d'entendre ce qui se passe, et de converser avec le monde. Nous sommes naturellement si fragiles et si enclins aux choses extérieures, qu'encore que nous nous soyons accoutumés et exercés à nous en priver, néanmoins si nous envisageons ce que la mémoire nous présente, à peine pourrons-nous éviter la rencontre de quelque objet qui aura la force d'interrompre la paix de notre cœur, de nous jeter dans quelque fâcheuse altération, comme le prophète Jérémie craignait de l'éprouver : Je me souviendrai des créatures, dit-il, et mon âme séchera en moi-même (Thren., III, 20).
CHAPITRE XVI L'explication de la joie, qui est la première affection de la volonté, et la distinction des sujets qui excitent la joie dans la volonté.

La joie, qui est la première des passions de l’âme et désaffections de la volonté, n'est autre chose, dans le sens que nous lui donnons ici, qu'une satisfaction de la volonté, jointe à l'estime de quelque objet que l'esprit juge être convenable. Car jamais la volonté ne se délecte que dans les choses qui lui paraissent avoir du prix et de l'agrément. Ce qui doit s'entendre de la joie active que l'âme goûte lorsqu'elle comprend le sujet de son contentement, et qu'il est en son pouvoir de s'y plaire ou de ne s'y plaire pas. La joie passive est différente en ce que l'âme en est comblée quelquefois sans savoir d'où elle vient, et sans pouvoir se la procurer ou ne se la procurer pas. Il s'agit ici de la joie active que la volonté reçoit des choses qui lui sont connues. Cette joie peut naître de six sortes de biens ; savoir : des biens naturels, des biens sensuels, des biens moraux, des biens surnaturels et des biens spirituels. Nous parlerons de chacun en son rang, afin que la volonté se conforme à la raison, et que, sans s'embarrasser de ces choses, elle ne mette point la solidité de sa joie en d'autres objets qu'en Dieu..
Mais, pour établir cette doctrine, il faut présupposer un fondement, sur lequel nous devons nous appuyer sans cesse, afin de référer à Dieu seul toute la joie que ces biens peuvent causer ; le voici : la volonté ne doit jamais accepter que la joie qui lui vient des choses qui regardent la gloire de Dieu. De plus, elle doit être persuadée que, garder les commandements de Dieu, et le servir avec constance et avec fidélité, selon les maximes les plus sévères de l'Évangile, c'est le plus grand honneur que nous puissions lui procurer; enfin que tout ce qui n'est pas renfermé dans ces bornes eut de nulle valeur et de nulle utilité.
Entrée dans la nuit obscure de la volonté – Des diverses affections de la volonté

2. La force de l'âme consiste dans ses puissances, dans ses passions89 et dans ses appétits, qui tous sont gouvernés par la volonté. Lors donc, que la volonté dirige vers Dieu ses puissances, ses passions et ses appétits, etn les détournant de tout ce qui n'est pas Dieu, elle garde pour Dieu la force de l'âme et se porte ainsi à l'aimer de toute sa force. Pour que l'âme puisse en venir là, il est indispensable que la volonté soit purifiée de toutes ses affections désordonnées, qui l'empêchent de garder pour Dieu toute sa force.. Les affections ou passions sont au nombre de quatre : la joie, l'espérance, la douleur et la crainte. Lorsque l'homme règle ces passions, en les référant à Dieu, de façon qu'il ne se réjouisse plus de ce qui va purement à l'honneur et à la gloire de Dieu, qu''il n'espère rien hors de là, qu'il ne s'afflige que par rapport à cela, qu'il ne craigne que Dieu et pas autre chose, nul doute qu'il ne dirige vers Dieu la force et la capacité de son âme et qu'il ne les garde pour Lui seul. En effet, plus l'âme se réjouit en autre chose, moins elle applique sa joie à Dieu ; plus elle espère autre chose, moins elle espère Dieu, ; et ainsi du reste.
4. Les quatre passions que nous avons énumérées règnent d'autant plus en l'âme et lui font une guerre d'autant plus violente que la volonté est moins fortement établie en Dieu et qu'elle est plus dépendante des créatures, car alors elle se réjouit très facilement de ce qui ne mérite pas sa joie, elle espère ce qui ne lui apporte aucun avantage, elle s'afflige de ce dont, peut-être, elle devrait se réjouir, et craint là où il n'y a rien à craindre.
5. De ces affections, lorsqu'eles sont désordonnées, naissent dans l'âme, tous les penchants mauvais et toutes les imperfections ; d'elles aussi, qand elles sont réglées et ordonnées, procèdent toutes les vertus. De plus, il faut le remarquer, à mesure que l'une d'elles s'ordonne et se règle, toutes les autres se règlent de même. En effet, ces quatre passions de l'âme sont tellement jointes les unes aux autres, elles sont en si parfaite harmonie les unes avec les autres que là où l'une d'elles se porte actuellement, là se portent virtuellement les trois autres Au contraire, si l'une d'elles bât actuellement en retraite, les autres reculent virtuellement, dans une égale proportion. La volonté se réjouit-elle de quelque chose, elle l'espére nécessairement dans la même proportion et la douleur ainsi que la crainte suivent virtuellement. De même à mesure que la volonté retire son goût de cet objet, elle perd à son sujet la douleur et la crainte, elle en retire auss son espérance.

La volonté avec ses quatre passions, se trouve en quelque manière représentée par cette figure de quatre animaux qu'Ézéchiel contempla dans une vision. C'était un corps qui avait quatre faces. Les ailes de l'un étaient jointes aux ailes de l'autre, et chacun marchait droit devant sa face, et ils ne se tournaient point en marchant (Ez 1, 8-9). De même, les ailes de ces affections sont tellement jointes les unes aux autres que, de quelque côté que l'une porte actuellement sa face, c'est-à-dire son opération, les autres s'y dirigent virtuellement. L'une s'abaisse-t-elle, toutes s'abaissent ; l'une s'élève-t-elle, toutes s'élèvent. Où se porte l'espérance, là se porteront la joie, la crainte et la douleur. Revient-elle sur ses pas, les autres reviendront. Et ainsi du reste.

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6. Remarquons bien ceci. Là où se dirigera l'une de ces passions, toute l'âme, la volonté et les autres puissances se dirigeront de même. Toutes les puissances vivront captives de cette passion, et les trois autres passions s'uniront à la première pour charger l'âme de leurs liens ; elles l'empêcheront de voler vers la liberté et le repos de la contemplation pleine de douceur, vers l'union. C'est pour cela que Boèce nous déclare que :

si nous voulons connaître la vérité dans la lumière, nous devons rejeter loin de nous, la joie, l'espérance, la crainte et la douleur.

Et en effet, tant que ces passions règnent dans une âme, elles lui enlèvent la tranquillité et la paix que requiert l'acquisition de la sagesse, soit naturelle soit surnaturelle.
CHAPITRE XIX Dommages auxquels s'expose l'âme qui place sa joie dans les biens temporels.

4. Or, ni la sainteté, ni la rectitude dujugement n'empêchera l'homme de tomber dans cet inconénient, s'il laisse ses désirs et sa joie s'attacher aux biens temporels. C'est pour ce motif que Dieu dit par a prononcé par la bouche de Moïse cet avertissement :


Tu ne recevras point de présents, parce que les présents aveuglent même les sages (Ex 23,8).


Cela s'adressait spécialement à ceux qui avaient à remplir les fonctions de juges, et qui, pour ce motif, devaient avoir le jugement net et lumineux, chose impossible si l'on est sujet à la convoitise et si l'on prend plaisir à recevoir des présents.

C'est pour cela aussi que Dieu avait donné l'ordre à Moïse de confier les fonctions de juges à ceux qui avaient l'avarice en horreur, afin que chez eux le jugement ne fût pas corrompu par la satisfaction de leurs passions (Ex. 18,21-22). Aussi n'est-il pas dit seulement que les juges ne devaient pas aimer l'avarice, mais qu'ils devaient l'avoir en horreur. C'est que pour se défendre parfaitement d'une affection , il faut s'appuyer sur sa détestation, combattant ainsi une affection par son contraire. D'où vient que le prophète Samuel fut constamment un juge intègre et éclairé, si ce n'est, comme il le dit lui-même dans le livre des Rois (1 R 12,3) de ce qu'il n'avait jamais reçu de présents de qui que ce fût.
CHAPITRE XXIX Avantages du renoncement à la joie qui découle des biens de l'ordre moral.
2. Le second avantage, c'est qu'on réalise alors les bonnes oeuvres d'une manière plus accomplie et plus parfaite, ce qui n'a pas lieu quand on y prend une joie excessive et un goût désordonné. En effet, par suite de cette joie excessive, la faculté irascible et la concupiscible sont tellement satisfaites qu'elles ne laissent plus à la raison son libre exercice. De là, d'ordinaire, beaucoup d'inconstance dans les projets et les bonnes oeuvres : on laisse les uns pour prendre les autres, on commence et on ne termine pas. C'est qu'on agit par goût personnel, et comme le goût est changeant (chez certains tempéraments plus que d'autres), quand il vient à faire défaut, la bonne oeuvre est abandonnée, ainsi que le projet d'abord conçu, et cela en choses importantes. Chez ces personnes, les joies prises dans la bonne oeuvre en est tout l'intérêt et toute la vigueur. Une foi la joie éteinte, l'oeuvre elle-même s'éteint et meurt, en sorte que l'on ne persévère pas.
C'est de ceux-là que le Christ dit dans l'évangile que :

ils reçoivent la parole avec joie, mais le démon venant ensuite, la leur enlève, en sorte qu'ils ne persévèrent point. (Lc 8, 12-13)

La raison en est qu'ils n'avaient pour toute vigueur et toute racine qu'une vaine joie. Rejeter cette joie et en séparer sa volonté devient, au contraire, une source de persévérance et de réussite. L'avantage dont nous parlons est donc considérable, comme l'est aussi le dommage opposé. L'homme sage attache ses regards sur la substance de la bonne oeuvre et sur les avantages qu'elle présente, et non sur la saveur et le plaisir qu'elle procure. De cette façon, il ne donne pas des coups en l'air, et par là même qu'il ne donne pas à la bonne oeuvre un tribut de propre satisfaction, il en tire une joie durable.
LE CANTIQUE SPIRITUEL B
CHAPITRE XX
«Ondes, brises, feux très ardents,
Et vous frayeurs des nuits dépourvues de sommeil».
9. Les quatre interpellations s'adressent aux mouvements qui naissent des quatre passions : la douleur, l'espérance, la joie et la crainte.
Par les "ondes", il faut entendre les impressions de la douleur et de l'afflixion, qui pénètrent dans l'âme semblables à des eaux qui débordent. David s'écriait, s'adressant à Dieu :
Sauve-moi, mon Dieu, parce que les eaux ont pénétré jusqu'à mon âme (Psaume 68)
Par les "brises", il faut entendre les sentiments d'espérance qui, semblables au souffle de la brise, volent par le désir vers le bien qui leur manque. D'où vient que David disait encore :
J'ai ouvert la bouche -de mon espérance- et j'ai attiré le souffle désiré, parce que j'ai espéré et soupiré après tes commandements (Psaume 118-131)
Les "feux très ardents"représentent le sentiment de la joie, qui enflamme le coeur à la façon du feu. C'est ce qui faisait dire au même David :
Mon coeur s'est échauffé au-dedans de moi et le feu s'embrasera dans ma méditation. (Psaume 38,4)
Ou en d'autres termes : la joie s'embrasera dans ma méditation.
Les "frayeurs des nuits dépourvues de sommeil" se doivent entendre des impressions de la quatrième passion, la crainte. Les épouvantes qui se produisent avant l'entrée au mariage spirituel sont souvent extrêmement vives. Elles ont quelquefois pour auteur Dieu Lui-même, qui s'apprête à gratifier l'âme de quelque faveur signalée. On éprouve alors des craintes et des frayeurs dans l'esprit, des défaillance dans la chair et dans les sens, parce que la nature n'a pas encore été fortifiée, perfectionnée, et qu'elle n'est pas habituée à recevoir des graces de cette sorte.
D'autres fois, ces épouvantes seront causées par le démon, qui guette le moment où Dieu attire l'âme en Lui-même par un recueillement plein de suavité. Cet esprit méchant est dévoré d'envie à la vue de la paix et de la félicité dont jouit cette âme. Il s'efforce donc d'exiter en elle une vive épouvante, afin de troubler son bonheur. Ce sont quelquefois de véritables menaces qu'il fait retentir dans son esprit. Se voit-il dans l'impossibilité de pénétrer jusqu'à l'intérieur de cette âme, à cause de la profondeur de son recueillement et de son union à Dieu,il tâche, du moins, de lui susciter des distractions par le dehors, en excitant dans sa partie sensitive des divagations et des angoisses, ou bien des douleurs physiques et des épouvantes, afin d'inquiéter l'épouse et, s'il se peut, la tirer de la chambre nuptiale.
Ces épouvantes sont appelées "frayeurs des nuits" parce qu'elles procèdent des démons qui s'en servent pour répandre les ténèbres dans l'âme et obscurcir la divine lumière dont elle jouit.
Elles sont dites encore "frayeurs des nuits dépourvues de sommeil", parce qu'elles font sortir l'âme de son doux sommeil intérieur et parce que les démons, aueurs de ces épouvantes, veillent continuellement pour les faire naître. C'est passivement, comme je l'ai dit, que ces frayeurs, qu'elles procèdent de Dieu ou du démon, s'emparent de l'esprit des personnes déjà spirituelles. Je ne dis rien ici des frayeurs naturelles, parce qu'elles n'ont pas de prise sur ces personnes. Quant aux épouvantes spirituelles que je viens de décrire, elles sont propres aux personnes qui s'adonnent à la vie de l'esprit.

CHAPITRE XXVIII
«Avec mon fond à son service»
4. Par son "fonds", elle entend ici tout ce qui tient à sa partie sensitive, c'est-à-dire le corps, avec ses sens et ses facultés tant intérieures qu'extérieures, les quatre passions de l'âme, les appétits naturels, et le reste. Elle déclare que tout ce fonds de l'âme est, lui aussi, employé au service de son bien-aimé, de même que la partie raisonnable et spirituelle dont il a été parlé au vers précédent. Son corps est maintenant appliqué à Dieu, puisque les opérations de ses sens intérieurs et extérieurs sont dirigés vers Lui. Les quatre passions de l'âme n'ont plus que Dieu pour unique objet: l'âme ne se réjouit qu'en Dieu, elle n'espère qu'en Dieu, elle ne craint que Dieu, elle ne s'afflige que selon Dieu. Tous ses appétits et tous ses soins vont uniquement à Dieu.

CHAPITRE XXXX
«Le siège enfin avait cessé»
Par le siège, l'âme entend l'ensemble de ses passions et de ses appétits naturels, qui, aussi longtemps qu'ils ne sont pas vaincus et amortis, l'environnent et l'assaillent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. En disant que le siège n'existe plus, elle veut dire que ses passion sont asujetties à la raison et que ses appétits sont mortifiés.
Elle représente à l'Epoux que le siège des passions n'étant plus là pour faire obstacle, il est raisonnable de lui accorder les faveurs qu'elle sollicite. De fait, tant que les quatre passions ne sont pas réglées selon ieu et que les appétits ne sot ni purifés ni mortifiés, l'âme est incapable de voir Dieu.
Elle continue :
«Et voici que les cavaliers,
Lorsqu'ils voyaient les eaux, maintenant descendaient».

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Mariage spirituel ou union divine

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