jeudi 2 juin 2011

LES MIRACLES FRANCOIS VARILLON



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«LES MIRACLES»


Notes prises par un auditeur lors d'une Conférence donnée par le Père FRANÇOIS VARILLON (S.J) théologien, à la cathédrale Sainte Bénigne de Dijon le vendredi 16 décembre 1976



PEUT-ON AUJOURD'HUI CROIRE ENCORE AU MIRACLE ?

Le miracle n’est certainement pas ce qu’il y a de plus important dans l’Évangile, mais c’est cependant quelque chose d’important.

Les uns se trompent en le considérant comme l’essentiel, et surtout en s‘imaginant que c’est par là qu’on prouve la divinité de JÉSUS-CHRIST ; les autres se trompent également en négligeant purement et simplement le miracle, comme s’il n’était que légende ou manière littéraire et fabulatrice de présenter des vérités d’ordre spirituel.

A l’heure actuelle, on sent très bien que les chrétiens oscillent entre une lecture trop naïve de l’Évangile (qu’ils voudraient bien pouvoir continuer pour qu’ on ne leur change pas la religion qu’ils ont apprise) et un scepticisme qui serait l’effet de ce «soupçon critique» qui se fait jour de plus en plus, et qui atteint les esprits les moins avertis par le truchement des quotidiens et des hebdomadaires à sensation.

Aux uns le miracle est sympathique, aux autres il est antipathique.

On a toujours tendance à faire prévaloir sa sympathie ou son antipathie. Il faut donc traiter la question du miracle, car, sympathie ou non, c’est un fait : les récits de miracles tiennent une place notable dans les Évangiles et dans le livre des ACTES DES APÔTRES ; on ne peut pas les biffer d’un trait de plume.


AVIS D'UN EXÉGÈTE (CF. LE JOURNAL «LA CROIX» DU 8 SEPTEMBRE 1973)

Dans l’interview qui apparu dans le journal «LA CROIX» du 8 septembre 1973, l’ABBÉ GRELOT, exégète, déclarait notamment :

«L’étude des formes littéraires propres aux récits évangéliques des miracles a mis en évidence certains schémas préfabriqués dans lesquels la tradition primitive a coulé les souvenirs rapportés par les témoins de JÉSUS, en y insérant une mesure variable de détails concrets. L’étude de l’histoire rédactionnelle, conduite jusqu’à la composition finale des Évangiles, a permis de repérer quelques-unes des lois qui présidèrent à la mise en forme des récits. De ce fait, il est exact que le visage externe des événements originels s’éloigne un peu plus de nous qu’au temps où l’on croyait possible de faire une lecture plate de l’Évangile, en traitant les récits comme des photographies détaillées»

On retrouve là même idée dans un ouvrage du PÈRE GUILLET, théologien, qui s’intitule «Jésus devant sa vie et sa mort» (1971)

«Le schéma stéréotypé des récits de miracles dans les Évangiles est sans doute assez éloigné de l’évènement initial tel qu’il s’est produit. Décalage entre l'événement tel qu'il s'est produit : multiplication des pains, guérison de l'aveugle-né, du paralytique et le récit où il y a un schéma préfabriqué, stéréotypé...» (page 71).

Aux questions qui lui sont posées par le rédacteur de «LA CROIX» dans la suite de leur entretien, l’ABBÉ GRELOT donne les réponses que voici :

QUESTION : «Pour beaucoup de chrétiens, le catéchisme de leur enfance se plaçait dans une tout autre perspective».
RÉPONSE : «Le catéchisme national français de 1947 contenait en effet 12 récits de miracles évangéliques présentés comme les actes de puissance par lesquels JÉSUS a prouvé sa divinité. Mais, dès 1957, le catéchisme biblique, traduction d’un texte en usage dans les diocèses allemands, éliminait l’idée de preuve, et faisait du mot SIGNE la clef de sa présentation des miracles»
QUESTION : «Le miracle, comme tel, paraît faire peur à beaucoup de nos contemporains ; certains catéchètes semblent même passer par une crise de scepticisme historique où la critique biblique a peut-être quelque responsabilité»
RÉPONSE : «Un fait culturel est certain : au contraire des siècles de chrétienté où le miracle exerçait une sorte de fascination par son caractère prodigieux et extraordinaire, l’opinion moyenne de nos contemporains y trouve plutôt une difficulté sur le chemin de la foi. Je ne dis pas qu’elle ait raison, Mais il faut s’interroger sur la manière de surmonter cet obstacle»
QUESTION : «L’enquête historique fondée sur une analyse littéraire correcte établit-elle bien le fait des miracles de JÉSUS ?»

RÉPONSE : «Oui. La négation des guérisons opérées par JÉSUS repose sur un préjugé scientiste. Mais un fait est toujours un fait interprété. Le fait ne va pas sans le sens. Et ce sens c'est la liberté du témoin qui le pose. C'est pourquoi la foi est libre»

Et l'ABBÉ GRELOT ajoute encore :

«Selon les Évangiles, les foules ont vu les miracles, elles les ont admis, elles les ont admiré (on le voit surtout chez SAINT LUC), elles s’en sont étonnées ou enchantées ; mais, dans l’ensemble, les foules n’ont pas cru en Celui qui opérait des miracles en leur faveur»


UNE CERTAINE LECTURE DES RÉCITS DE MIRACLES N’EST PAS POSSIBLE

De l’interview que nous venons d’évoquer il ressort qu'une certaine lecture naïve des récits de miracles n’est pas possible.

«Il y a des schémas stéréotypés....»
(je cite) ;

«Ce que nous lisons est assez loin de l’événement tel qu’il s’est produit...»
(je cite encore)

«Nous ne connaissons cet événement que déjà interprété par la foi des Apôtres...»
(je cite toujours).

Et pourtant nier le miracle est impossible, non seulement parce que cette négation serait l’effet d’un préjugé scientiste, mais parce que cela aboutirait à fausser ou à défigurer gravement la physionomie de JÉSUS telle qu’elle apparaît dans l’Évangile.

Pour ma part, j’irai plus loin, il nous faut retrouver, au-delà d’une certaine lecture critique des récits de miracles, la lecture naïve originelle car il y a naïveté et naïveté : la saine critique arrache la mauvaise naïveté, qui est le fait de l’ignorance ; elle conduit à la bonne naïveté qui est le fait de la simplicité de l'âme et de la confiance au SAINT-ESPRIT, dont on sait qu’Il est le véritable auteur de toute l’Écriture,

Même s’ils ne sont pas des spécialistes de l’exégèse, et s’ils n’ont pas à l’être, les chrétiens doivent s’efforcer de passer d’une naïveté relevant de l’ignorance et de l'infantilisme à une naïveté relevant de l’esprit d’enfance, aspect le plus haut de la sainteté authentique,

LES RÉCITS DE MIRACLES DE L‘ÉVANGILE RESTENT AMBIGUS
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BONTÉ ET PUISSANCE DE JÉSUS

Au départ, les récits des miracles mettent en relief de façon étonnante la personnalité de JÉSUS. Deux traits se détachent en pleine lumière : sa bonté, sa puissance.

SA BONTÉ : JÉSUS chemine dans les rues et ruelles de Jérusalem et des autres villes de Palestine, sur les places, au parvis du Temple ; Il est attentif à la vie des hommes en ce qu’elle a de plus simple et de plus concret ; Il souffre de voir souffrir, et Il se réjouit de pouvoir redonner la santé, la vigueur, la joie, à ceux qui les ont perdues. Il ne méprise pas les humbles commencements de la créature désirante Il la rejoint en ces régions où la chair est la plus charnelle, là où se déploient les appétits les plus élémentaires de l’homme et spontanément Il ôte ce qui entrave : la paralysie, la cécité, la surdité, la faim, la soif. Donc, bonté immense, compassion profonde devant les souffrances de l’homme.
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SA PUISSANCE : Ce que JÉSUS veut, Il le peut. Son autorité est souveraine sur la maladie, sur la mort, sur les éléments de la nature. Si par sa bonté JÉSUS est proche de nous, par sa puissance Il est proche de DIEU.


LES MIRACLES SONT-ILS DES PREUVES ?

Il n’y a donc pas à s’étonner que, pendant longtemps, on ait cru pouvoir s’appuyer sur les miracles pour «prouver» la divinité de JÉSUS, comme le faisait le CARDINAL OTTAVIANI dans le journal officieux du VATICAN, l'OSSERVATORE ROMANO :

«La mission et la nature divines du CHRIST ont été prouvées par les grands et multiples miracles que le Seigneur a opérés ici-bas».

Mais une question surgit aussitôt : JÉSUS n’est pas le seul personnage de la BIBLE dont il est écrit qu’il ait fait des miracles ; il y a beaucoup de miracles dans l’Ancien Testament (MOÏSE, ELIE., etc.). En particulier, dans I Rois 17, la multiplication de l’huile et de la farine chez la veuve de SAREPHAT, et la résurrection par ÉLIE du fils de cette veuve, sont des récits qui se rapprochent de ceux qu’on trouve dans l'Évangile pour la multiplication des pains et pour la résurrection du fils de la veuve de NAÏM. Dans un cas comme dans l’autre il y a manifestation de bonté et de puissance et cependant personne ne songe à conclure à la divinité d’ÉLIE.


MÉFIANCE DE JÉSUS A l'ÉGARD DU MIRACLE

Autre question : on sent dans l’Evangile une méfiance de JÉSUS lui-même à l’égard des miracles, et on le constate par exemple dans les deux cas suivants :

«Ce ne sont pas ceux qui diront : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui qui fera la volonté de mon Père... Beaucoup me diront : ... N’est-ce pas en ton nom que. nous avons prophétisé, par ton nom que nous avons chassé les démons, par ton nom que nous avons fait quantité de miracles ? Et alors je leur déclarerai : je ne vous ai jamais connus ; éloignez-vous de moi, fauteurs d’impiété» SAINT MATTHIEU 7,21/23

Ainsi, ils ont fait des miracles. JÉSUS leur dit: éloignez-vous de moi. C’est clair. 
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«... car il surgira de faux messies et de faux prophètes, qui opèreront de grands miracles et prodiges, au point d’induire en erreur, s’il se pouvait, même les élus» SAINT MATTHIEU 24,24

Donc, les miracles, en tant que tels, ne prouvent rien.

A l’égard de ses propres miracles JÉSUS a une attitude complexe. Il semble répugner au miracle : Il refuse un signe du Ciel à des pharisiens qui le lui demandent, Il ne fait aucun miracle à Nazareth à cause de l’incrédulité des gens, Il s’impatiente devant la soif de miracle :

«Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croirez donc pas...» SAINT JEAN, 4, 48

il a refusé au désert de changer dès pierres en pains. Il évite toute publicité (au malade guéri il recommande de ne parler à personne de sa guérison).

Selon le PÈRE GUILLET, il y a à la fois en JÉSUS : une réserve fondamentale qui l’oppose à tous les thaumaturges, et, en même temps, une force quasi-irrépressible qui, au contact de la souffrance, provoque le geste sauveur.

Aucun des miracles de JÉSUS n’est délibéré. Aucun n’est combiné à l’avance. Jamais JÉSUS n’a dit :

«Venez demain à telle heure à tel endroit, et vous verrez une guérison».

Le seul des miracles comportant une certaine mise en scène est la Multiplication des pains, mais là encore le miracle est une réponse à un besoin immédiat : la faim des gens rassemblés autour de Lui. Toutefois, Si JÉSUS ne cherche jamais l’occasion de faire un miracle, on dirait qu’Il est incapable de se retenir, au point qu’il Lui faut se justifier : mais il ne s’agit pas d’un trop-plein de puissance qui demanderait à se décharger, il s’agit de la misère qui est devant Lui et qu’Il ne peut pas laisser durer plus longtemps. 
 

EXEMPLE
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«...Et cette fille d’ABRAHAM que SATAN tenait liée depuis 18 ans, il eût fallu ne pas la libérer de ce lien» SAINT LUC, 13,16

Ainsi, dans les Évangiles, les récits de miracles comportent une certaine ambiguïté. Les Évangiles ne nous fournissent pas une théologie systématisée du miracle. Et nous sommes invités à ne pas nous engager sans précautions sur la voie de facilité qui consiste à considérer les miracles comme des preuves de la divinité de JÉSUS. Somme toute, de tout ce qui précède il faut retenir que :

. d’une part, les miracles ne sont pas des preuves ;

. d’autre part, les Évangélistes ont interprété des faits qu’il nous est presque impossible de rejoindre historiquement dans leur matérialité brute.

Est-ce que cela ne suffit pas pour qu’on jette par-dessus bord cette question embarrassante du miracle ?

En tout cas, aujourd’hui, dans l’esprit de beaucoup, y compris les enfants du catéchisme, la crédibilité des récits de miracles s’effondre.


LE SOUPÇON CRITIQUE

Ces récits paraissent «incroyables» (c’est-à-dire impossibles à croire) pour les raisons suivantes :

1. Aujourd’hui les miracles sont rares. Si JÉSUS a guéri les malades autrefois, pourquoi ne les guérit-Il pas maintenant ? Et pourquoi ne me guérit-Il pas moi ? ou ma femme ? ou mon enfant ?

2. Notre mentalité moderne est façonnée par le rationalisme scientifique. Si on veut parler de miracles aujourd’hui, qu’on parle des miracles de la Science.

3. Nous avons beaucoup de peine à admettre qu’une action de DIEU vienne s’ intercaler dans la série des causalités de ce monde.

4. Nous sommes convaincus aujourd’hui que les textes évangéliques expriment une tout autre culture que la nôtre ; alors, la culture de ce temps-là a produit des récits de miracles exactement comme la culture moderne produit le nouveau roman, le nouveau théâtre, le nouveau cinéma, ou la nouvelle musique.

5. Nous savons que les Évangiles n’ont. pas été écrits dès le lendemain de la mort du CHRIST : il y a un intervalle d’au moins 40 ans pendant lequel des traditions orales se sont constituées, traditions qui ont toute une histoire.

Résultat de tout cela le «soupçon critique» (c’est l’expression consacrée), qui se traduit :

. chez les incroyants, par le rejet pur et simple des récits de miracles

. chez les croyants, par la phrase célèbre que prononçait déjà au XVIIe siècle :

«Je ne crois pas à cause des miracles, je crois malgré les miracles»MALEBRANCHE
(Je ne vous cacherai pas que telle a été ma position jadis).


ATTITUDES EN FACE DU SOUPÇON CRITIQUE

Face à ce soupçon critique trois attitudes sont possibles :

1. Attitude conservatrice. Par réaction de défense, on laisse de côté toutes ces difficultés, et on s’en tient à une lecture naïve des récits de miracles.

Si on croit que DIEU est tout-puissant, pourquoi penser que le miracle est impossible ? Croyons donc au miracle puisque nous croyons que Dieu est tout-puissant.

2. Attitude de rejet. On rejette comme dépourvue de valeur toute la tradition évangélique. Argument on ne peut tout de même pas prendre au sérieux en plein XXe siècle une religion qui raconte de son fondateur des choses aussi incroyables. Que peut-on espèrer de bon d’une Église présentant son fondateur comme un gué­risseur et un magicien ?

5. Attitude intermédiaire. On croit à JÉSUS, FILS DE DIEU, fondateur du Christianisme, mais on explique autrement les miracles de l’Évangile ce que l’Évangile appelle miracle n’est pas forcément miracle. Par exemple

a) Il peut y avoir des guérisons instantanées tout à fait naturelles ; une grande foule peut être nourrie à sa faim si chacun de ceux qui ont apporté des provisions (sandwiches) accepte de les partager avec les autres (partage des sandwiches =}=}=}  miracle spirituel)

b) ce que les Évangiles nous présentent comme «miracle» c’est une manière imagée, symbolique, de faire comprendre l’action du CHRIST ressuscité. JÉSUS faisant sortir LAZARE du tombeau serait, sans cette optique, une petite fable pour annoncer que le CHRIST nous introduit dans la vie éternelle au-delà de la mort ; la guérison de l’aveugle-né viserait à faire comprendre qu’un baptisé accède à une certaine connaissance du Mystère de DIEU ; mais nul besoin de penser que JÉSUS a effectivement guéri un aveugle, ou qu’il a effectivement fait sortir LAZARE du tombeau JEAN 11, 1/44.

Et c’est ainsi qu’à l’heure actuelle beaucoup gardent le foi en JÉSUS-CHRIST et en l’Évangile, tout en faisant sa part au soupçon critique.

Eh bien, je vous dis qu’aucune de ces positions n’est tenable par un croyant.

La première consiste à barrer systématiquement la route au soupçon critique : nous n’en avons pas le droit. Ce n’est pas le moment de renouveler, sur un autre plan, l’affaire GALILÉE : ce sont des fautes que, tôt ou tard, on paie cher.

La seconde consiste à rejeter l’Eglise et la foi chrétienne : ce n’est pas possible pour un croyant ; je passe.

Dans la troisième, on accepte le soupçon critique sans le soupçonner lui-même c’est un manque d’esprit critique. Voilà pourquoi je vous propose maintenant de soupçonner le soupçon


CRITIQUE DU SOUPÇON CRITIQUE

La contestation est légitime à condition qu’elle accepte d’être elle-même contestée ; de même, le soupçon critique doit accepter d’être soupçonné, car il est tout de même trop facile de se débarasser des textes en se bornant à dire qu’ils racontent des choses «incroyables».


ORIGINALITÉ DES RÉCITS DE MIRACLES DE L’ÉVANGILE

La collection des récits de miracles des Évangiles comme la façon dont ces récits s’insèrent dans l’ensemble des récits concernant JÉSUS ont des aspects profondément originaux. C’est tout autre chose que les récits de miracles qui pullulent autour des sanctuaires de toutes les religions ; c’est même assez différent des miracles que l’on trouve dans l’Ancien Testament. La première chose à faire est de dégager cette originalité, ce qui suppose évidemment une lecture très attentive de l’Évangile.

Si les miracles avaient été inventés de toutes pièces par les évangélistes, s’ils n’étaient que des symboles sans aucune référence à des événements réels, est-ce que les textes seraient ce qu’ils sont ? est-ce que nous y trouverions cette attitude complexe et ambiguë de JÉSUS par rapport à ses propres miracles : tantôt il les considère comme des signes, comme des appels à la foi ; tantôt Il les entoure d‘une discrétion surprenante, interdisant qu’on en parle alors que le secret paraît pourtant impossible à garder ?

JÉSUS est irrité par ceux qui lui. demandent des signes. Il refuse catégoriquement d’asseoir son prestige sur des prodiges. Ce qui est au premier plan de l’Évangile, ce n’est pas le miracle, c’est le «NON-MIRACLE». Le miracle n’est qu’ au deuxième plan.

. Non-miracle, au début de sa vie publique, dans le désert, quand JÉSUS refuse de changer les pierres en pains ;

. Non-miracle, à la fin du Calvaire, quand DIEU n'intervient pas, et que Jésus meurt dans le silence et l'absence apparente de DIEU.

Alors, pensez-vous que les textes seraient ce qu’ils sont si les premiers chrétiens ou les évangélistes avaient fabriqué des récits de miracles pour symboliser des faits qui ne seraient aucunement miraculeux en eux-mêmes ? La complexité, l’ambiguïté, que je constate dans l’Évangile, est-ce que cela peut s’inventer ? et l’inventer pour quoi faire ? Une telle complexité, une telle ambiguïté, ne peuvent qu’affaiblir l’argumentation que les évangélistes auraient eu en vue. Et pourquoi raconter des miracles tout en laissant bien voir que JÉSUS répugne à faire des miracles ?


RÉALITE DES MIRACLES DE JÉSUS

Pourquoi, si le récit est vraiment inventé de toutes pièces, laisser dans l'obscurité le problème de la relation complexe du miracle et de la foi ?

On voit bien dans l’Évangile que, là où il n’y a pas la foi ou au moins une ébauche de foi, le miracle est inutile et même impossible. Tantôt le miracle est presque «arraché» par la foi de celui qui implore JÉSUS (ex. : le CENTURION MATTHIEU 8, 5/13, LA CANANÉENNE MATTHIEU 15, 21/28), tantôt le miracle se présente davantage comme une sorte de provocation à croire pour ceux qui en sont les témoins (ex. : L’AVEUGLE-NÉ JEAN 9).

Il me paraît certain que si c’était la foi des premiers chrétiens, et elle seule, qui avait produit ou inventé les récits de miracles, le résultat ne serait pas celui que nous avons sous les yeux quand nous lisons les Évangiles. Et je conclus donc que : quoi qu’il en soit des schémas rédactionnels, des schémas stéréotypés, des schémas préfabriqués, dans lesquels
bien sûr la tradition primitive a coulé les souvenirs rapportés par les témoins de JÉSUS, quoiqu’il en soit de la distance, très difficile à apprécier, entre ce qui est raconté dans l’Évangile et ce qui a eu lieu effectivement, quoiqu’il en soit de tout cela, JÉSUS a réellement fait des miracles.

Le PÈRE GUILLET a raison quand il dit :

«Si JÉSUS n’avait pas guéri les malades et les infirmes, Il serait finalement un professeur, professeur de morale, de religion. Si on élimine les miracles de l’Évangile, on laisse de côté ce qu’il y a de plus évangélique dans l’Évangile, c’est-à-dire ce contact quotidien de JÉSUS avec toutes les formes de la détresse et de la déchéance humaines»

JÉSUS n’est pas un professeur. Les miracles ont un sens prophétique : ce sont des «prophéties en actes» ou, si vous préférez, des «gestes concrets qui ont valeur de prophéties». Si JÉSUS ne parle pas en l’air, si sa Parole est Vérité, il faut qu’elle montre son efficacité auprès des malheureux qu’elle veut atteindre.


SENS DES MIRACLES DE JÉSUS

Il est permis de parler du «symbolisme» des miracles de JÉSUS. Seulement, il faut s’entendre, les miracles sont bel et bien réels. Dire qu’ils ont une valeur symbolique c’est dire qu’ils ont un sens, un sens prophétique. Et voici quel est ce sens :
. Dans le Royaume de DIEU, la vie est plus forte que la mort.
. Dans le Royaume de DIEU, l’homme n’est plus aveugle mais clairvoyant.
. Dans le Royaume de DIEU, l’homme n’est plus paralysé mais libre.
. Dans le Royaume de DIEU, la vraie faim et la vraie soif, qui sont d’ordre spirituel, sont apaisées.

Il ne faut pas affirmer le symbole en niant le réel ; il faut savoir lire le symbole dans le réel, dans l’évènement réel, dans la guérison ou la résurrection réelles, Le miracle est à la fois prodige et signe : c’est le signe qui est important, mais l’importance du signe n’est pas une raison pour nier le prodige. Qu’on se méfie du prodige en tant que tel : oui, certainement ; et JÉSUS, tout le premier, s’en est méfie si le prodige n’avait pas valeur de signe, JÉSUS le refusait tout net. Mais il est parfaitement possible de croire à la fois au signe et au prodige, c’est-à-dire au miracle, qui est l’un et l’autre, indivisiblement.


POSSIBILITÉ DU MIRACLE AUX YEUX DE L’HOMME DE SCIENCE
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ATTITUDE DU SAVANT

A l’égard du miracle, l’homme de science est naturellement sceptique, et il a le devoir de l’être,

Prenons à titre d’exemples deux cas de miracles

1) CAS D’UNE CONVERSION MIRACULEUSE

Une conversion peut être qualifiée de «miraculeuse» quand elle est soudaine, que rien ne la laissait prévoir, que le sujet lui-même était à cent lieues d’y penser (Ex. : André FROSSARD, rue d’Ulm), et que le sujet est radicalement transformé dans sa pensée et dans sa conduite (Ex. : MATTHIEU à son bureau de douane, PAUL sur le chemin de Damas ACTES 9, CLAUDEL à Notre-Dame aux Vêpres de Noël en 1886).
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Dans ces conversions il y a rupture de continuité entre les dispositions biologiques et morales qui précèdent, et le résultat produit par l’intervention divine. Dans l’instant où cette intervention se produit, le sujet subit ce qui se passe sans qu’il puisse le réfléchir ou le contrôler. Il subit sans savoir. Il ne sait qu’après. Après, il constate que son coeur est changé. Mais il n’y a pas de réponse possible à la question comment cela s’est-il passé ? Et, s’il n’y a pas de réponse à ce «comment ?», c’est parce qu’il n’y a pas de comment. La question «comment ?» implique que DIEU agirait par un enchaînement de causes et d’effets. Or l’action de DIEU est «simple», au sens philosophique du mot. Dans l’action de DIEU le commencement et la fin coïncident. L’action de DIEU ne passe pas par des étapes, elle ne comporte aucun processus.
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Dans l’homme il y a des dispositions antécédentes, puis un état nouveau. Entre les deux, il n’y a rien. Et ce «rien» est justement la trace du passage de l’action de DIEU. L’homme l’éprouve comme une rupture, mais il n’atteint pas le passage de l’état antécédent à l’état actuel. Pour DIEU, il n’y a pas de passage : le passage d’un état à un autre est incompatible avec la parfaite simplicité de DIEU.


2) CAS D’UNE GUÉRISON MIRACULEUSE
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Ce qui est vrai des conversions est également vrai des guérisons. L’intervention de DIEU ne comporte aucun processus dans l’organisme du malade. L’acte même de la guérison n’est pas «observable». Personne n’a jamais «assisté» à un miracle comme on peut assister dans un laboratoire à une réaction chimique. Même celui qui verrait une plaie se cicatriser, ou un paralytique se dresser sur son lit, ne pourrait pas dire qu’il «assiste» à un miracle. Il n’y a pas d’entre-deux. Entre l’avant et l’après, il n’y a rien. Et c’est ce rien qui est la trace de l’action de DIEU. S’il y avait quelque chose, ce serait un effet venant d’une cause et entraînant un autre effet. Or DIEU n’agit pas par enchaînement de causes et d’effets. C’est parce qu’il n’y a rien qu’il y a DIEU.


ATTITUDE DU CROYANT

Évidemment ce n’est pas le savant en tant que savant qui peut dire qu’il y a DIEU. Il faut être croyant pour comprendre, dans la foi, que Dieu achemine les hommes vers la RÉSURRECTION, c‘est-à-dire vers le partage de sa propre Vie, et que, pour DIEU : créer, intervenir miraculeusement, ressusciter les morts, c’est un seul et même acte indivisible. DIEU est simple.Il l n’y a pas de temps dans son Être, et, s’il n’y a pas de temps dans son Être, il n’y a pas de processus dans son Agir. Tout miracle ne se comprend que par rapport à la RÉSURRECTION.

La vraie difficulté n’est pas que le malade soit guéri c’est que l’histoire continue avec ses maladies, ses épidémies, ses catastrophes naturelles, et toutes les souffrances et les misères du monde. On arrive là à une autre question :

«En quoi consiste le véritable Amour ? dans la création d’un monde tout-fait ? ou dans la création d’un monde qui doit se faire lui-même ?»
Dire que les miracles sont des signes, c’est dire précisément qu’ils sont une invitation adressée à l’homme d’accomplir sa tâche, tâche qui consiste à se créer en créant le monde. En ce sens, je dirai que le non-miracle est plus important que le miracle ; le miracle ne peut se comprendre que relativement au non-miracle ; le miracle est nécessaire pour conduire à l’absence de miracle. Si DIEU prend l’homme dans ses humbles commencements, là où ce qu’il désire est encore charnel (santé, réussite), c’est afin de le conduire au non-miracle, là où DIEU se révèle comme Celui qui n’intervient pas, parce qu’il veut que nous prenions en mains totalement notre histoire, qu’Il se refuse à écrire à notre place.

Aussi je ne dis plus :

«Je crois à l’Église malgré les miracles» MALEBRANCHE

parce que j’ai appris à mettre en relation le miracle avec ce qui est l’essentiel : le non-miracle c'est le respect absolu de DIEU pour notre liberté.

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NNEXE

QUESTIONS POSÉES A L'ISSUE DE LA SÉANCE DU SOIR


PREMIÈRE QUESTION

Que pensez-vous des guérisons dites miraculeuses de LOURDES ?

RÉPONSE :

Il faut faire une grande différence entre les miracles de l’Évangile et les miracles. qui peuvent se produire au cours de l’histoire, Les apparitions du CHRIST RESSUSCITÉ sont le fondement de la foi ; les apparitions de la VIERGE à BERNADETTE ou du SACRÉ-COEUR à MARGUERITE-MARIE ne sont pas du même ordre.

Dans le 1er cas la foi n’est pas libre ; dans le 2ème cas la foi est libre.


DEUXIÈME QUESTION

Rejeter l’attitude «conservatrice» sous prétexte de l’intolérance de certains, n’est-ce pas interdire toute foi simple et non-intellectualisée ?

RÉPONSE :

Nous vivons dans un monde culturellement différent de celui de nos grands-parents et arrière-grands-parents. La foi non-intellectualisée est la meilleure , encore faut-il vivre avec son temps. Or, tout le monde lit les journaux et les hebdomadaires (où l’on voit contester la VIRGINITÉ DE MARIE et diviniser la moto), et tout le monde regarde la télévision (où l’on assiste à des débats sur les problèmes religieux). Vous ne pouvez pas empêcher les hommes du XXe siècle de vivre au XXe siècle.

On dit les Apôtres du CHRIST n’étaient pas des intellectuels, mais des pécheurs du lac c’est vrai. Mais, quelques années après la mort du CHRIST, ces pêcheurs se sont trouvés aux prises avec tout l’hellénisme environnant. Pour répondre aux philosophes imbus de philosophie grecque, qui trouvaient scandaleux que les corps ressuscitent, il a bien fallu spéculer sur ce que c’est qu’un corps et disserter sur la résurrection de la chair (Cf. TERTULLIEN).


TROISIÈME QUESTION

Vous n’avez que très peu parlé du Miracle des miracles qu’est la Résurrection. Qu’est-ce pour vous ? Sous quelle forme le CHRIST est-Il vraiment ressuscité ?

RÉPONSE :

La Résurrection du CHRIST est beaucoup plus qu’un Miracle.
Il y a miracle quand, comme dans le cas de LAZARE, il y a «réanimation d’un. cadavre» LAZARE JEAN 12 revient à la vie qui était la sienne avant Sa mort.

Pour JÉSUS c’est tout différent, Il passe dans le monde de DIEU. (cf. les conférences des 23/05/75 et 27/02/76)


QUATRIÈME QUESTION

N’y a-t-il pas, dans l’orbite de LOURDES, des miracles éclatants, disséqués dans tous leurs détails, et absolument indéniables ?

RÉPONSE :

N’attendez pas de moi que je prenne position sur les miracles de LOURDES ou sur ceux de FATIMA : ce n’est pas mon affaire. Là-dessus vous êtes libres.

En disant que les miracles de LOURDES sont «indéniables», vous traitez d’imbéciles ceux qui : disent qu’ils ne le sont pas. Prenez en la responsabilité. Pour ma part, je ne la prends pas. Je suis prêt à croire aux miracles de LOURDES, car BERNADETTE est véritablement une sainte, et LOURDES c’est sérieux. Mais la critique du merveilleux exige beaucoup de temps et de précautions.


CINQUIÈME QUESTION

Y a-t-il faute à douter des apparitions de la VIERGE et des Saints ?

RÉPONSE :

Certainement pas. Vous êtes libres.


SIXIÈME QUESTION

Qui sont les démons que JÉSUS fait sortir de certains malades ?

RÉPONSE :

C’est la question des «exorcismes», Je ne suis pas sûr que
l’Église ait là-dessus des certitudes. La réflexion de l’Église continue, et actuellement il y a d’autres problèmes plus urgents à régler que celui-là. Personnellement, je serais tenté d’interprèter les démons comme quelque chose d’intermédiaire entre le physique et le spirituel, qui relèverait d’un domaine psychique celui des «obsessions», avec tout l’univers morbide qui est en dehors des maladies organiques (psychoses, névroses, etc.).


SEPTIÈME QUESTION

Que faut-il penser des miracles des Saints ? Ont-ils ressuscité des morts? (cas de SAINT JEAN BOSCO)

RÉPONSE :

Je refuse la question que faut-il penser ? Vous ne pensez pas, par procuration. Vous êtes libres. Ce n’est pas parce que je vous dirais ce soir qu’il faut penser du bien de telle ou telle chose que vous devriez, vous aussi, en penser du bien.

Vous me demandez si les Saints ont ressuscité des morts, Pourquoi pas ? C’est possible. Mais, en matière d’hagiographie (vie des Saints) il y a beaucoup à épurer, même pour les Saints que nous vénérons particulièrement comme le CURÉ D’ARS (Il y a tout à gagner, pour un grand Saint comme lui à démystifier un certain nombre de choses).


HUITIÈME QUESTION

Dans l’épisode d’ANANIE et de SAPHIRE ACTES DES APÔTRES 5, comment expliquer l’attitude de PIERRE, qui semble provoquer SAPHIRE pour la faire mourir ?

RÉPONSE :

Dans cet épisode il est question de la présence de SATAN.

SATAN est-il un personnage réel ? ou bien s’agit-il d’un «langage» qui exprime le Mal, le Mal en lui-même ? La question reste posée. Et je ne puis en cette matière vous en dire plus que ce que vous dit l’Église : ni dans un sens, ni dans l’autre. Mais je pense qu’il y a intérêt à ne pas traumatiser les gens (j’ai connu des enfants qui regardaient sous leur lit avant de se coucher pour s’assurer que le diable n’y était pas caché).

Surtout, qu’on ne parle pas du Démon et de l’ENFER aux jeunes s’ils n’ont pas d’abord bien compris que la vocation de l’homme est de partager la Vie divine.Sans ceIa l’ENFER n'a pas de sens. L’ENFER n’est intelligible que lié à la vocation de l’homme de vivre la vie de DIEU.

NEUVIÈME QUESTION

Les Miracles de JÉSUS ne sont-ils pas fondés sur l’Amour plus que sur la Prophétie ?

RÉPONSE :
.
L’Amour est le fondement de tout. JÉSUS est Lui-même l’épiphanie, la manifestation de l’Amour de DIEU - N’opposons pas Amour et Prophétie. Un des sens du miracle est d’avoir une valeur prophétique. Cela n’empêche pas qu’il y ait d’autres sens. JÉSUS vient simplement en aide à des gens qui souffrent. JÉSUS souffre de voir souffrir, et Il se réjouit de pouvoir rendre la vue ou l’ouïe à ceux qui en sont privés ; son geste est dicté par l’Amour, mais ce geste a aussi un sens prophétique. Il signifie que dans le Royaume de DIEU il n’y a plus d’aveugles.


DIXIÈME QUESTION

Ce qui se passe dans un miracle n’est-il pas l’état normal de ce que serait l’humanité sans le péché, l’état normal duquel nous aurions pu ne pas sortir ?

RÉPONSE :

Cela rejoint ce que j’ai appelé le sens prophétique du miracle, Ce qui est prophétisé c’est le rétablissement de ce qui n'aurait jamais dû être brisé.


ONZIÈME QUESTION

Que penser des miracles dans les groupes de RENOUVEAU CHARISMATIQUE ?

RÉPONSE :
.
Il n’est pas sain (selon la double orthographe du mot) que des jeunes vivent dans l’attente perpétuelle du miracle. Je me méfie de tout ce qui tend à faire de DIEU un objet d’expérience.


DOUZIÈME QUESTION

Faut-il suivre le catéchisme hollandais quand il dit que le miracle n’est ni en opposition, ni en rupture, avec les lois de la nature, dont il est au contraire une parfaite expression ?

RÉPONSE :

Dans le miracle il y a bel et bien rupture, puisqu’il y a une intervention de DIEU qui s’intercale dans la série normale et continue des causes et des effets.


TREIZIÈME QUESTION

Comment la RÉSURRECTION, miracle par excellence, conduit-elle au non-miracle ? N’a-t-elle pas débouché sur ce «rien» qu’est l’Eglise Corps du CHRIST avec toute sa pesanteur historique ?

RÉPONSE :

La RÉSURRECTION est le fondement d’une foi qui doit croire dans l’Église en dépit de ce qu’est l’Église. Quelqu’un qui ne souffrirait pas de l’Église manquerait de lucidité.

Je pense avec BERNANOS :

«Ce n’est rien de souffrir pour l’Église, la pire chose est de souffrir par l’Église (par ce qu’on aime le plus au monde)».

Oui, l’Église est un «rien», et elle est attaquée de toutes parts. Que la RÉSURRECTION soit le miracle qui nous permet de croire quand même à l’Église :

je veux bien que l’Église soit purement et simplement le non-miracle: c’est discutable, car il y a quelque chose de miraculeux dans le fait qu’en dépit de tout l’Église existe encore.


QUATORZIÈME QUESTION

Selon le PÈRE MOINGT, «la Tradition n’est pas que mémorisation, elle est autant invention, et elle est ouverte sur l’avenir». Faut-il en conclure qu’être traditionnel c’est renoncer à tout point fixe pour changer sans cesse comme le monde change. ?

RÉPONSE :

La TRADITION c’est l’Église qui continue à réfléchir. Ce n’est jamais «bloqué». Il faut réfléchir pour savoir comment les vérités éternelles (Ex.. les trois Personnes en DIEU) doivent s’ exprimer dans des cultures nouvelles.

La TRADITION comporte obligatoirement à la fois des points fixes (balises) et une invention perpétuelle.

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